Dès ses jeunes années, sous les toits de la maison familiale où son père, artisan en bâtiment, lui avait aménagé un “véritable sanctuaire créatif”, Nicolas Galtier éprouve une soif inextinguible de concevoir des cabanes, assembler des petits meubles de fortune, façonner des personnages en bois ou peindre pendant des heures au rythme d’un tourne-disque. “La création s’impose comme un jeu solitaire capable de dilater le temps” dit Nicolas. Porté par une mère habile de ses mains et une famille ouverte à l’art, inscrit pendant ses vacances à des stages de peinture, il avoue « Je peignais dans la rue et je vendais mes dessins sur les marchés… j’avais l’audace de la jeunesse mais d’emblée j’ai senti que j’étais sur un chemin, je le comprendrais plus tard ».
S’immerger dans la peinture de Nicolas Galtier, c’est effectuer un voyage fascinant à travers les strates de la mémoire et des lieux traversés. Après un parcours en Lettres et Art jusqu’à l’enseignement, « l’appel de la toile » et une quête absolue de liberté l’emporteront définitivement. Il part en Italie, traverse Rome à vélo et est bouleversé par l’empreinte indélébile de cette ville « fossile ». Il y installe, non sans difficulté, un petit atelier en entresol et pendant plus d’une décennie, il va découvrir et se nourrir de la culture italienne et romaine « L’art du beau, l’art du farniente, l’art de prendre son temps… tout paraît simple là-bas » s’étonne-t-il.
Il y a chez cet homme une sérénité naturelle, une présence enveloppante et une générosité discrète. Mais derrière cette approche chaleureuse et mesurée bat le cœur d’un bâtisseur passionné, guidé par le besoin viscéral de modeler la matière, d’en fouiller les entrailles et d’en libérer la poésie brute. « Je marche sur le chemin de mon père ». Installé en Anjou, au cœur d’un lieu patrimonial qu’il restaure seul avec une ténacité héroïque, pour Nicolas bâtir et peindre procèdent du même instinct de vie.
Travaillant au sol dans une approche quasi méditative, il compose avec la chimie du séchage, les ocres minérales, les poudres de métaux, le laiton oxydé et l’éclat intemporel de la feuille d’or. Sous ses doigts, les textures s’animent, révélant la patine des fresques italiennes, les érosions du temps et la mémoire des vieux crépis effrités. Dans ce face-à-face avec le support, l’œuvre naît de l’accident maîtrisé et du surgissement de l’imprévu. « L’art n’est pas intellectuel, il est sensible. » Aucun autre peintre plus que Nicolas Galtier ne démontre à quel point le “sujet” de la peinture n’est qu’un prétexte à l’étourdissement des matières et de la couleur. “Je pars souvent dans l’inconnu et je compte sur la lumière, les variations lumineuses pour révéler mon tableau et lui permettre de prendre son envol au-delà de l’atelier”.
Traversé par la même émotion pure que celle ressentie face aux toiles de Mark Rothko, Nicolas réalise une abstraction monumentale, solaire et empreinte de sacralité. Il offre une expérience sensorielle brute, loin des théories intimidantes. Ses toiles, gorgées de cette lumière qui varie au gré du jour et du regard, s’intègrent avec une grâce naturelle dans la pierre des vieilles collégiales comme dans la sobriété des architectures contemporaines.
En écoutant Nicolas évoquer ses projets de déambulations immersives et sa volonté d’offrir au public une traversée poétique plutôt qu’un vernissage conventionnel, on comprend que son art est indissociable d’un désir profond de partage humain. Pour lui, la création est une lucarne ouverte sur l’invisible, une parcelle d’éternité qui nous relie à l’immensité du monde.
C’est exactement ce que nous avons ressenti à la Collégiale de Ribérac en septembre 2026 pendant “Un Fragment d’Art” lors de la remise de notre Prix Aralya à Nicolas.
En Une : Nicolas Galtier – Portrait à l’atelier