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On en parle

Murielle Bozzia : Peindre le chaos pour toucher l’invisible

Aralya, le 7 juillet 2026

Avec Murielle Bozzia, une rencontre qui s’impose sans fard. Pas de discours élitiste, pas de jargon technique. Juste une intensité brute, un regard habité par ce qu’elle nomme elle-même son « âme profonde ». Pour cette artiste du mouvement sensualiste, la peinture n’est pas un exercice de séduction esthétique ; c’est un ancrage vital, un coéquipier de vie. À l’entendre parler depuis son refuge, on comprend que chaque couleur posée est une tentative de donner un nom à ce qui, en elle, reste encore sans mot.

Pour comprendre l’urgence de son geste, il faut remonter à ses dix ans, au collège de Bry-sur-Marne. C’est là qu’un professeur d’arts plastiques « complètement illuminé » lui offre sa première boussole : la liberté absolue de ce que l’on s’autorise à faire, et la nécessité de s’affranchir du regard des autres. Une révélation pour la petite fille timide et introvertie qu’elle était alors, habituée à réinventer le monde seule dans la cour de récréation. Pourtant, ce n’est qu’à la quarantaine, après un parcours professionnel plus conventionnel, que l’art reprend ses droits de manière fracassante.

En 2019, alors qu’elle traverse un séisme personnel, Notre-Dame de Paris s’enflamme ! Ce traumatisme collectif devient le miroir de son propre effondrement. « Je n’ai pas peint Notre-Dame simplement pour documenter l’événement. Je l’ai peinte parce que, sans en avoir pleinement conscience au départ, l’événement portait en lui l’écho d’une reconstruction plus intime. Il y a, dans l’acte de créer, une tentative de rassembler ce qui a été fragmenté. De transformer ce qui était figé. » Le point de départ d’une reconstruction sacrée.

C’est aussi à cette époque que sa route croise celle de Jean-Yves Guionet, théoricien de l’École Sensualiste. À ses côtés, son travail bascule : l’illustration cède la place à la matière dense, à la peinture à l’huile triturée, aux empâtements vibrants qui capturent le public par leur pure force sensorielle.

Aujourd’hui, ses précédents sujets expressionnistes ont laissé place à la nature, aux arbres et aux collines. Le motif n’est plus qu’un prétexte à l’étourdissement des couleurs et des textures. Quand Murielle peint, le mental s’efface pour laisser place à une forme de transe salvatrice : « Quand je crée, je suis plusieurs… Je pars dans la matière, la peinture c’est moi », confie-t-elle. Dans cette quête d’une réalité sensorielle, elle recherche activement l’accident pictural, ce point de rupture poétique entre un savoir-faire et un savoir-défaire. Rien n’est jamais figé, ses œuvres célèbrent l’inachevé comme une promesse apaisante où tout reste possible.

RECHERCHE – Figuration introspective – 2022 – Entropie – Technique mixte – 50×65 cm

Cette mécanique intime du lâcher-prise, Murielle a choisi de la transmettre en devenant art-thérapeute. Un prolongement naturel pour cette femme empathique qui a passé sa vie à vouloir sauver et fédérer les autres, parfois jusqu’à s’oublier.  

Aujourd’hui le besoin de poser ses propres limites s’impose à Murielle. Après avoir installé son premier atelier dans sa salle de bain de 10 m² où ses toiles séchaient dans la baignoire ! elle rêve pourquoi pas, un jour, de quitter la région parisienne pour créer son atelier en pleine campagne. Un coin de verdure et d’immersion totale pour se retrouver, seule, face à la matière.

Au fil de notre échange, un souvenir affleure et suspend le temps. Elle se remémore sa rencontre avec l’artiste Nicolas Gasiorowski en 2010. Pendant leur échange, il avait senti chez Murielle cette fibre créatrice et comme un miroir, lui avait lancé : « Être artiste, il faut juste le décider… ». En prononçant ces mots, l’émotion gagne Murielle. Les larmes pointent, suivies d’un lourd silence vibrant, d’une authenticité bouleversante. « J’ai décidé ! ». 

En acceptant de se livrer si librement, Murielle Bozzia offre à nos regards une leçon de résilience, nous rappelant, comme elle l’écrit si bien dans son livre La Nécessité de l’Art, que « ressentir précède toujours l’expression ».