« Géométries du silence »
Au musée Réattu d’Arles, haut-lieu de conservation et d’exposition de la photographie, des plus grands photographes américains, japonais et français jusqu’aux artistes contemporains, une vaste exposition monographique est consacrée à Béatrice Helg, artiste-photographe suisse d’envergure internationale. Pour elle : « La photographie est une écriture de l’obscur et de la lumière dans l’espace. Elle permet d’explorer l’invisible, l’insoupçonné, l’espace du dedans. C’est une autre manière d’appréhender, de questionner le réel, la vie, le monde ». “Géométries du silence“, corpus de plus de 70 photographies réalisées au cours des 35 dernières années, réunit des tirages vintages d’œuvres emblématiques et des créations inédites, souvent de grand format. Non chronologique, le parcours s’adapte avec bonheur à la topographie du lieu, fait de strates architecturales résultant de la longue histoire du Grand-Prieuré de l’Ordre de Malte. Au premier étage, le visiteur découvre les séries réalisées entre 2013 et 2025 Cosmos, Résonance et Natura. Les œuvres des années 1990, plus anciennes, sont exposées au deuxième étage et donnent les clés d’une pratique et d’une exploration très personnelles. Dans la Chapelle, l’œuvre Cosmos XVIII de 2018 conclut le parcours sur une note lumineuse et mystique.
Béatrice Helg crée dans le huis-clos de son atelier. Elle travaille à partir d’installations éphémères, compose des formes géométriques à partir de divers matériaux qui évoquent le monde industriel, éléments bruts insignifiants et palpables. « Au début, je ne sais pas ce que je vais faire », concède-t-elle. La maquette très construite, sorte de théâtre éphémère photographié en grand format, est mystérieusement transcendée par les effets de lumière. Béatrice Helg explore en alchimiste le potentiel du métal et des plaques de cuivre exposées à des sources lumineuses, s’inscrivant ainsi dans l’origine même du médium photographique. Sa palette de couleur restreinte, faite de tons dorés, ocres, gris et bleus, invite à ne pas disperser le regard et à se livrer à une contemplation silencieuse. Béatrice Helg est violoncelliste, et ses vibrantes créations s’apparentent à d’harmonieuses compositions musicales.
Profondément originale et d’une grande liberté de création, l’œuvre s’inscrit à la fois dans l’histoire de la photographie et dans l’histoire de l’art. Béatrice Helg invente et théâtralise sa réalité. La relation à la mise en scène théâtrale a d’ailleurs attiré l’attention de Robert Wilson : « Vous n’avez pas à penser l’histoire, car il n’y en a pas. Vous n’avez pas à écouter les mots, car ils ne signifient rien, vous avez juste à apprécier le décor, la musique, les sentiments qu’ils évoquent… »
Soumise à un lieu chargé d’histoire dont la présence ne peut être occultée, l’exposition ne se veut pas exhaustive. Les séries présentées, parmi lesquelles se glissent quelques œuvres décalées comme Scala ou Labyrinthe, s’enchevêtrent, s’interpénètrent, se génèrent et s’enrichissent mutuellement, définissant une œuvre plurielle et fascinante. Le théâtre de Béatrice Helg, dénué de toute narration, né de ce qui semble abandonné, délaissé et fait de presque rien, grâce aux éclats de lumière, est habité de mystère et de vie.
Jusqu’au 5 octobre 2025
Musée Réattu – Arles (13)
En Une : Esprit froissé – ©Béatrice Helg