Tarascon, son cœur historique, ses ruelles ombragées, ses maisons où chaque pierre, chaque porte, chaque cour intérieure, est chargée d’histoire et de légende séculaire ! La place Frédéric Mistral, qui abrite l’ancien couvent des Cordeliers où nous attend un très beau moment artistique !
A peine franchit le seuil de cet édifice du silence et du recueillement transformé en Musée d’Art et d’Histoire, et nous oublions les bruits incessants du monde contemporain pour nous immerger dans une atmosphère contemplative.
C’est dans les trois galeries voûtées ouvrant sur une cour par de larges arcades que se déploie, dans une scénographie époustouflante, l’exposition “Silence et Bruit du Monde” orchestrée par Chantal Melanson. Deux univers singuliers qui tissent un dialogue d’une rare intensité nous attendent. L’ambiance dégagée nous invite à une expérience hors du temps.
Sur les cimaises, les tableaux de León Díaz-Ronda nous interpellent par leur caractère hybride, mêlant la photographie et la peinture à l’huile sur bois. Nous observons ses compositions proposant des silhouettes d’hommes ou d’animaux, des portraits évocateurs, des architectures de villes ou des paysages de campagne. Notre oeil s’arrête sur chaque détail, chaque texte… et notre imagination s’évade. Le réel de ces « analogies du silence » semble se fragmenter pour mieux se recomposer sous nos yeux. Et puis, il y a ces textes d’Ana Tot, partie intégrante du tableau… Au-delà de leur poésie, ils ouvrent des espaces de réflexion personnelle. « Qu’est ce que nous partageons ? L’expérience de l’impartageable ». Ici, nous, nous partageons le silence qui comme l’écrit Aurelio Díaz-Ronda « Ces analogies du silence ne sont ni muettes, ni même silencieuses : elles bruissent de murmures du monde, du chuchotement des oeuvres de la nature et des hommes ». Chaque création nous permet d’observer le monde sans être emporté par son chaos.
Et puis, il y a les sculptures de Magdalena Kopacz qui ponctuent merveilleusement la visite. Ses céramiques dialoguent avec les scènes des tableaux de Díaz-Ronda et donnent corps à une humanité intemporelle, libérée de tout détail superflu. Nous effleurons du regard les craquelures et les aspérités qui évoquent la fragilité de l’être. En contemplant ces figures, nous comprenons le sens de la « matière souveraine » : ici, la terre ne subit pas la main de l’artiste, elle semble penser et respirer, transformant pour nous l’inerte en un sourire ou un murmure. Dans la cour, baignée par un lumineux soleil, un personnage s’érige devant nous dans toute son humilité. Il est juste là en total harmonie avec les pierres.
Cette parenthèse suspendue entre image, matière et mémoire n’aurait pas existé sans Chantal Mélanson. Cette exposition est le fruit de sa passion profonde pour l’art et les artistes. La galeriste incarne cette sensibilité, cet esprit artistique indispensable pour faire vivre l’art en nous. Le plus beau cadeau que vous puissiez lui faire c’est de vous immerger dans ce “Silence et Bruit du Monde”.
Et en repartant, ne manquez pas de faire une halte dans sa magnifique Maison d’Art Contemporain. A deux pas de l’Eglise Saint-Jacques, située dans l’ancien presbytère, vous pourrez continuer d’aller à la rencontre d’univers et d’artistes plus singuliers et uniques les uns que les autres. Chantal Mélanson ne se contente pas d’exposer des œuvres ; elle crée une résonance entre le visible et l’invisible. C’est une véritable éloge de la contemplation et du ralentissement qu’elle nous propose au sein de ces espaces. Des occasions rares de vivre une expérience intérieure profonde et de porter un regard renouvelé sur ce qui nous entoure.
Jusqu’au 3 octobre 2026
Les Cordeliers – Musée d’art et d’histoire – Tarascon (13)