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On en parle

Serge Besrechel – Les formes du temps

Aralya, le 14 avril 2026

Si vous vous installez un instant dans l’atelier de Serge Besrechel, vous n’y entendrez pas seulement le bruit des outils, mais le murmure d’une enfance bretonne où tout était possible. Serge Besrechel a grandi au cœur d’un monde agricole, dans les Côtes d’Armor, au sein d’un foyer où la curiosité n’était pas un défaut, mais une culture que l’on arrosait chaque jour. Son père, ébéniste et parfois sculpteur, ne se contentait pas de lui transmettre des gestes techniques ; il lui ouvrait des portes vers la découverte, formant son regard à la photographie, à la mécanique et au travail manuel. À l’époque, le petit garçon se rêvait “chauffeur de car”, fasciné, comme beaucoup d’enfants, par les engins, avant de s’imaginer “pilote dans l’armée de l’air”. Dans sa chambre, il lui suffisait de lever les yeux pour que les veines du plancher au plafond se métamorphosent en rivières sauvages, transformant chaque nœud du bois en un paysage à explorer.

Photo d’atelier

Cette liberté de mouvement lui permet de cultiver un terreau fertile pour celui qui dit avoir aimé “la possibilité, le droit, de creuser dans la terre du jardin, d’utiliser peinture, pinceaux et autres outillages” et considérer que « la curiosité se cultive activement ». C’est la rencontre avec son professeur d’arts plastiques au lycée qui amène Serge à engager des études d’histoire de l’art à l’Université et aux Beaux-Arts de Rennes. Diplôme d’enseignant en poche, il est nommé dans le Grand-Est. Un tournant dans sa vie personnelle… une région où il vit pleinement heureux et épanoui se consacrant entièrement à ses élèves, très engagé aussi dans l’enseignement du théâtre et la création de scénographies. 

Photo d’atelier

Durant toutes ces années, Serge créait, certes, mais par pudeur ou manque de confiance, il ne s’imaginait pas présenter des oeuvres qui puissent égaler ce qu’il admirait des artistes del’histoire de l’art.

C’est aux côtés de l’artiste Béatrice Haag que ce silence se brise enfin. Depuis douze ans, leur vie commune et leurs échanges sur l’art contemporain ont agi comme un puissant catalyseur. Sous son impulsion, Serge a cessé d’être seulement celui qui transmet pour devenir celui qui ose dévoiler, transformant son besoin de construire en une véritable démarche de création. S’il manie aussi bien le pinceau que le volume, c’est dans la sculpture qu’il puise sa plus grande originalité. Pour lui, construire quelque chose, c’est complexifier les expériences, donner un rôle questionnant à la représentation pour y insuffler une poésie pure.

En attendant Godot – Lierre et médiums peints

Son matériau de prédilection, le lierre, est une révélation tardive. “Loin d’être une simple plante parasite, le lierre possède une malléabilité rare et cette particularité fascinante de se « souder » naturellement à chaque croisement et d’offrir des segments tortueux…” explique Serge. Ce lierre, il le traque patiemment en forêt, choisissant des courbes qui ont lutté pour la lumière. À l’atelier, le travail est physique et minutieux : l’artiste brosse, nettoie l’écorce, retire les « crampons » et prépare les passages dans des plans en médium. C’est dans la confrontation entre ces lignes végétales indisciplinées et des structures blanches, géométriques et épurées, que naît l’équilibre.

Récemment Serge n’hésite pas à introduire la couleur pour nourrir la narration. Titrées avec une pointe d’humour ou de tendresse, « Même pas peur » ou “En attendant Godot” ses sculptures intègrent une multiplicité symbolique derrière un dénuement apparent. Fruits d’une observation patiente du vivant, ce sont des volumes autour desquels on tourne pour saisir chaque angle de vue, chaque histoire. En jouant avec les structures, les poids et les vides, notre artiste crée des instants suspendus, comme ses « nids » blancs qui marquent les étrangetés du bois.

Le Vent – 2026 – Lierre, medium peint, papier collé – 35x28x21 cm

Entre les parfums de menuiserie de son enfance, la magie du lierre et la précision du laser, Serge Besrechel trace une voie originale, vraie et invinciblement poétique.

En Une : Serge dans la forêt

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