Les intemporelles sculptures de Sabine de Courtilles font duo magique et puissant avec les grandes peintures de Khaled Alkhani, âpre artiste né en Syrie.
La première ne sculpte que l’essentiel ! On voit d’impressionnantes et denses passerelles de chair vive, installées à jamais dans la bienveillante proximité d’une nature éternelle, généreuse et pacifiée. Ses œuvres élancées sont des stèles épurées, repères d’âme sensible tendue vers les hauteurs, repères profondément habités et finement décantés. Les énergies de l’univers portent son territoire de création, nourri à vif des éléments premiers de l’imaginaire. Par noblesse mentale, la terre archaïque et la main agissante originent son œuvre.
Magicienne d’humanité partagée, Sabine de Courtilles n’achève pas la nature, elle l’accomplit. Elle s’abreuve aux sources mythiques, premières et syncrétiques, des grandes cultures du monde. Arrimée à la majesté d’une terre chez elle omniprésente, elle cherche la vie dans la matière, et fait ses demeures d’art de la pierre, du bois et du bronze. Libres de masse et de lourdeur, ses pièces éclairées du dedans traversent le temps comme on traverse les déserts.
Nées à l’évidence des forces naturelles, ses sculptures partent à l’assaut des rêves du ciel. Spiritualité en actes d’art, art d’élans pudiques et de possession retenue. Chez elle, débarrassée des superflus de l’apparence, la puissance sculptée incarne à vif les mystérieuses énergies de l’existence. Œuvre plurielle au dévoilement nu, où l’aigu de la densité étreint la trace enfouie des origines, où le relief est ciselé en plis de vie.
Chez Khaled Alkhani, tous les dehors du monde ont disparu. Venu il y a peu d’une Syrie broyée, il invente un maelström puissant d’où surgit une tête sublime et fragile, dévastée et indestructible. Tête de ciel sur terre de fin du monde, avec un air de madone abandonnée. Le chaos règne, explosif et brûlant, hétérogène et pluriel, toujours désenfoui des apparences. Comme arraché au néant, le corps est vêtu d’espace. Tout emplie de ténèbres, la tête se délivre de ses couleurs cachées, accoucheuse et tendue. A l’inverse, le bleu du ciel se libère de ses opacités. Le corps meurtri, victime d’un monde mortifère, par exorcisme réactif, rejette ce qui disloque et ce qui tue.
Le rouge, âpre et cru, domine des valeurs violacées violeuses de ténèbres, en contraste saisissant avec des teintes mates, pudiques et douces, qui apaisent l’étendue. Règne un somptueux gris d’horizon où s’enfouissent toutes les couleurs du monde, et d’où surgissent de pures allures vitales. Déchiquetées, et comme écartelées, les couleurs flamboient en un fiévreux magma.
Chez Khaled Alkhani, la toile et le vide respirent ensemble. Enregistreur avide et artiste accompli, il n’illustre jamais. Le corps disloqué et meurtri, victime d’un monde mortifère, par exorcisme réactif, rejette ce qui disloque et qui tue. “Le corps que je peins est dans l’état d’extase de la douceur oubliée de mon Orient, mon pays d’origine“.
L’expressionnisme ouvert, vivant et contemporain de Khaled Alkhani conjure les mauvaises mémoires. Son art majestueux dit la vie infinie qui résiste infiniment.
Jusqu’en janvier 2027
Galerie Clipperton – Sainte-Marie-de-Ré (17)
En Une : Khaled Alkhani – Silence incandescent – 2026 – Acrylique sur toile – 93×73 cm