Né le 27 avril 1924 à Cholonville, près de Saïgon, de descendance chinoise par sa mère, René Laubiès a quitté ce monde en 2006 à Mangalore. L’Asie était son territoire de vie et de création. Dans “Les Années fertiles“ l’immense critique Geneviève Bonnefoi le décrit comme « toujours ailleurs », ne cessant « d’errer de l’Orient à l’Occident, et vice versa.“ L’excellente galerie d’Alain Margaron présente ses œuvres jusqu’au 19 juillet.
Laubiès privilégie la sobriété asiatique, l’humilité d’une création exigeante, et l’éloignement de tous les divertissements occidentaux. Même si, en 1954, grâce à l’appui de Jean Fautrier, il obtient le prix Fénéon, même s’il est un des tenants majeurs du “nuagisme“, René Laubiès passe le plus clair de son temps en Inde, dans un dénuement matériel saisissant.
Alain Margaron, chez qui il exposait régulièrement depuis 2001, a trouvé grâce à ses yeux. Ami précieux et magnifique galeriste, Alain Margaron parle longuement de lui dans son récent beau livre “La peinture enrichit nos vies“ : « Je me souviendrai toujours du moment où nous nous sommes quittés sur le trottoir devant la galerie, avant son dernier départ en Inde. Nous savions tous les deux que nous ne nous reverrions pas. Il y avait à la fois quelque chose de grave et de léger dans son regard, quelque chose de déterminé, comme si la vie allait continuer, sous une autre forme ».
L’humour classieux, acéré et bouddhiste de Laubiès était un régal, sa modestie impressionnante, et sa culture extrême-orientale infinie. Bref, René Laubiès est un cas, lui dont la peinture est de plus en plus regardée, même et surtout après sa disparition. Les commodes étiquettes ( nuagiste, ou abstrait lyrique ) ne lui conviennent guère. Sa peinture aérienne, allusive et venteuse est une exception formidable, une fabuleuse bouffée d’oxygène mental. Chaque œuvre paraît insaisissable et détachée, comme une aile de lumière éphémère, comme une esquisse d’étendue infinie, comme un signe d’immensité fragile. Mais chaque œuvre est d’insidieuse présence. Comme la griffe ténue d’une trace d’éternité marquant à jamais l’univers, le sillage aigu de ce qui pourrait éclairer l’humanité.
Jusqu’au 19 juillet 2025
Galerie Alain Margaron – Paris 3ème
En Une : René Laubiès – Iran – 1959 – Huile sur toile – 115×97 cm