« Entre réel et intangible »
Dans la continuité du « Rêve » des précédentes éditions, « Présence », la thématique de l’actuelle exposition du Centre d’Art Campredon, à l’Isle-sur-la-Sorgue,prolonge une grandiose échappée vers l’imaginaire. Ce terme polysémique, au fil d’un cheminement entre réel et intangible, inspire à 26 artistes autant de représentations et de questionnements sur notre humanité, notre traversée dans l’espace et le temps, notre empreinte, voire notre existence.
L’artiste en éveil invite le regardeur à découvrir les réalités cachées de l’imperceptible et de l’invisible. Une histoire silencieuse, dans laquelle, paradoxalement, l’absence prend tout son sens. « Le souvenir, c’est la présence invisible » (Victor Hugo).
Inspirés de vieux albums de photos, Gidéon Rubi peint des portraits sans visage, ouvrant des récits qui se prêtent à une interprétation, en écho aux mots de Picasso : « Faut-il peindre ce qu’il y a dans un visage ou ce qui se cache derrière un visage ? » L’œuvre est alors espace de dialogue et mise en présence où l’on interroge sa connexion à l’autre, son double, parfois son reflet.
L’image photographique, support privilégié, ouvre la voie à une multitude de dispositifs créatifs entre réalité et fiction, où les artistes jouent avec la symbolique et l’évocation. Ainsi les photographies bien connues de no man’s land, de friches abandonnées, dans le sillage du mouvement photographique URBEX, questionnent notre relation à l’espace, dans le paysage comme dans le temps, et ravivent la présence de l’existence dans des lieux délaissés. Sensation que l’on retrouve dans les photos de cellules des Baumettes, vidées de leurs occupants, de Marco Barbon. L’artiste JR joue sur le même mode avec son projet « UNFRAMLED Ellis Island », qui vise à faire revivre la mémoire d’Ellis Island, point d’entrée aux États-Unis pour des millions d’immigrants, à deux pas de la statue de la Liberté… Les collages à même les murs des bâtiments délabrés révèlent les traces de leur passage et de leur souffrance. En faisant affleurer l’histoire des lieux, en matérialisant l’oubli, ces artistes comblent les manques de notre mémoire.
L’invisible fait partie des super-pouvoirs de la photographie, en jouant de la transparence comme dans les photos de Valérie Belin, ou par illusions d’optique une manière de prolonger le visible jusqu’à convoquer l’inconscient. Dans la série « Je suis dans des mondes étranges », l’artiste Flore, à l’occasion du 150ème de la disparition de George Sand, crée une image de Chopin en apparition fantomatique à forte charge émotionnelle.
Donner forme à la fragilité d’une présence éphémère et secrète est encore le propos d’Isa Barbier. Son installation, construction minimale à la fois graphique et spatiale constituée de plumes mues par le courant d’air, est défaite après chaque exposition. L’œuvre délicate se destine alors à une nouvelle vie dans un autre environnement qui module sa perception.
Avec « L’herbe aux yeux bleus », œuvre riche en symbolique et en poésie, Sophie Zénon mêle art et science. Elle décentre le regard vers le monde végétal. Ses photogrammes de plantes solarisées témoignent du pouvoir de régénération et de résilience des plantes.
Jusqu’au 4 octobre 2026
Campredon “art & image“ – L’isle-sur-la-Sorgue (84)
En Une : Chopin à Nohant – 2026 – ©FLORE, Courtesy Galerie Clémentine de la Féronnière