Les tartines pleine page que les envoyés spéciaux-pigistes-chroniqueurs d’art (non pas gros, mais petits niqueurs) du Monde et des grands journaux sont contraints de fournir au sujet d’expos officielles conceptualo-installationnistes, sont d’efficaces anihilateurs de libido artistique pour eux et leurs lecteurs.
La critique, en l’occurence, est surtout un rituel qui consiste à balancer mollement l’encensoir pour en produire une sorte de fumée à vertu émolliente et décérébrante propice à la célébration passive de ce culte du rien conceptualo-bidulaire planétairement institutionnalisé pour les élites mondialisées.
Tout cela est d’une désespérante vacuité, d’une triste flaccidité.
On rêve d’une critique plus dure, énergique, constructive et érective, qui n’aurait pas fonction de ramollir les sens et l’esprit, mais qui, au contraire, stimulerait la réflexion en apportant une véritable information ; en allant, si j’ose dire, au fond de son sujet, jusqu’à la matrice même où s’élaborent les événements artistiques présentés.
Ce serait un véritable travail d’investigation, d’explication ou d’élucidation, non pas d’un mystère, mais du fonctionnement tout bête de la machine en amont de ce qu’elle donne à voir et à commenter.
Ainsi, le commentateur d’art, au lieu de nous enfumer la tête de ses incantations abracadabrantesques, ferait mieux de nous dire pourquoi il a été envoyé à cette expo plutôt qu’à une autre, combien de coups de téléphone il a reçu de l’attaché(e) de presse, si la bouffe du repas de presse était mangeable ou non (ceci déterminant son humeur à dire du bien ou non de l’exposition attenante).
Il pourrait chercher à savoir le montant et l’origine du budget de l’opération, la part réservée à la communication, les où – quand – comment de la prise de décision, les stratégies marketing, les plans-médias, les plans-cul annexes, les renvois d’ascenseur, les liens entre les différents intervenants, les enjeux divers, etc… Bref, tous facteurs sous-jacents à l’ineptie de cette exposition hyper-subventionnée, qu’il est tenu, par habitude et rigueur professionnelle, de badigeonner de sa très dissuasive et débandante rhétorique…
Mais il est bien évident que, s’il faisait cela, c’est la branche sur laquelle il est installé qui s’en verrait affectée d’une dangereuse déturgescence.