Toutes les causes sociales, féministes en particulier, et parmi les plus dures, nourrissent l’art de Paula Rego (1935-2022). C’est d’ailleurs sous l’appellation d’artiste féministe engagée que le Kunstmuseum de La Haye, après la Tate Britain de Londres, lui a dédié une grande rétrospective qui a permis au grand public de découvrir son œuvre l’année de son décès. Par ailleurs, dans une troublante proximité, les allusions crues à la sexualité et aux fantasmes érotiques sont loin d’être rares dans son œuvre à quoi s’ajoutent, toute sa vie, de nombreux portraits.
En Angleterre, elle rencontre les futurs grands manitous de l’École de Londres (elle en fera partie), à savoir Frank Auerbach, Francis Bacon, Lucian Freud, David Hockney né deux ans après elle. Formidable promiscuité créatrice qui détermine en grande partie sa trajectoire d’artiste. Expressionnisme es-tu là ? Oui ! Cependant, Paula Rego, est fortement influencée dans ses premières œuvres par le surréalisme, en particulier celui de Max Ernst et Joan Miro, et aussi par Dubuffet.
Le dessin automatique, processus inconscient issu des surréalistes lui convient. Elle y revient de temps à autre. Étonnamment, sa première commande artistique vient de son père, en 1954, alors qu’elle est encore jeune étudiante. Il s’agit d’une demande de peintures murales de grande taille pour la cantine de l’entreprise familiale. Ses premières œuvres, vers 1956, sont marquées par une attirance pour le collage, où les questions politiques dominent. D’autre part, dans ses premières années de création, l’abstraction l’attire, qu’elle n’abandonnera réellement qu’en 1976. «J’avais tendance à faire des scènes politiques avec des bouts de papier. Je n’ai pu illustrer les choses plus directement que lorsque je suis devenue un artiste plus figuratif».
Elle aborde le pastel et la gravure avec passion. En particulier, à la mort de son mari, les gravures sombres et fantastiques abondent. En 2010, elle aborde la sculpture. Le vrai point de départ de la notoriété de Paula Rego est lié à son intégration à l’École de Londres, marquée par un expressionnisme dur, âpre et puissant. Magie et réalisme cernent son territoire de création.
Peintre, Paula Rego donne au dessin une assise première. Elle se veut d’abord dessinatrice. Son trait n’organise pas l’étendue, il la pourfend. Art-exorcisme où la réalité existentielle du monde féminin joue un rôle premier. Aux antipodes de toute convention esthétique, l’art aigu et sacrificiel de Paula Rego, dans les marges du sublime et de la cruauté, se déploie sans limite.
L’actuelle exposition, chez Lelong, se consacre exclusivement sur le dessin et la lithographie. Elle appréciait l’immédiateté de ces deux médiums.
Jusqu’au 11 juillet 2026
Galerie Lelong – Paris 8ème
En Une : Camouflaged Hands – 2006 – Lithographie, 35 exemplaires – 74,5×53,1 cm – © The Estate of Paula Rego. Courtesy Ostrich Arts Ltd, Cristea Roberts Gallery et Galerie Lelong