Derniers jours (le 22 août 2025) pour apprécier une étonnante et vaste rétrospective (270 peintures) dans l’ex-immense base aérienne de Reims, à Courcy. Il s’agit des œuvres de Patrick Baillet qui portent sur 50 années de création. La libre profusion, constamment inventive, voire aventureuse, est son territoire d’art, de vie et de liberté. Les grands formats, posés d’abord à même le sol, lui conviennent admirablement, tant l’ouverture chromatique, l’aisance du geste et la pluralité formelle vivifient une inspiration sans cesse renouvelée. L’étendue sensualisée qu’il donne à voir est aux antipodes de toute la modernité fabriquée.
Le lieu est immense et exceptionnel, ancienne bâtisse militaire, remarquablement habitée par l’artiste dans quatre très grandes salles. La richesse plurielle de sa créativité explose. La visite n’est pas oubliable !

Ici et là, comme une vivante peau d’immensité, des éléments décantés d’une nature archaïque (arbres, fleurs, écorces) apparaissent au sein d’une riche matière tendue et globalement abstraite, créée à grands pans de couleurs, comme des nappes de vibrante énergie. Chez Patrick Baillet, le chaos effervescent l’emporte toujours sur la trop paisible rationalité, et le magma fiévreux de l’affectivité profonde couve sous chaque surface peinte. Il envoûte l’espace. Il le dérobe aux apparences, et le nourrit d’insondable. Il n’y a pas d’horizon, il n’y a que de la présence…

Ses étranges « paysages » décalés ne viennent jamais totalement du dehors. Ce sont des cibles d’espace pour des projectiles d’âpre intimité. Toujours les tensions du dedans et les puissances secrètes se projettent sur les miroirs secrets du monde. Et ses couleurs toujours puissantes innervent l’étendue et s’emparent de chaque élément vital. Dans chaque miroir d’univers dedans-dehors, où la figuration et l’abstraction s’étreignent, ce peintre « ouvert » et pluriel accidente à vif l’ordre du monde, affichant avec bonheur le meurtre œdipien de l’image installée. Chez lui, tout vibre à cœur battant dans une dimension tellurique latente, sensible et lyrique. Parfois, il dégage un détail d’outre nature, branche ou fleur, qu’il transforme en emblème, ou en totem.

Patrick Baillet ne sature jamais l’étendue, et le trop-plein n’existe pas ! Chargée d’oxygène mental, chaque œuvre respire royalement.
Un beau livre d’art de 208 pages, au format 24×30 cm, édité à 700 exemplaires accompagne superbement l’exposition.
Jusqu’au 22 août 2025 – Bâtiment Microville 112 – Courcy (51) – (Accès conseillé via le Restaurant La Péniche, Route de Neuchâtel, puis suivre flèches jaunes EXPO !)
Visite sur réservation : valcreart.reims@gmail.com
En Une : Patrick Baillet – Marécage – Acrylique et shellac sur toile – 2014 – 180×200 cm