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On en parle

L’onde 1

John Doe, le 27 février 2013

Un “va-et-vient permanent” : c’est ainsi que Lucien Ruimy regarde son parcours dans l’univers pictural qu’il explore depuis plus de vingt ans. Sans savoir où la matière va le conduire, il reconnaît sur le chemin de la création les destinations qui se présentent, les ambiances qui vont ou non créer “une histoire”. Il peut alors décider de s’y arrêter, en attendant que surgissent les éléments ou les protagonistes de cette histoire, ou bien de bifurquer vers un travail de la matière, dans son épaisseur ou sa transparence, et sa lumière.

S’il existe un départ pour ce “va-et-vient permanent”, on le trouvera sans doute dans les “surfaces d’accumulation”. Le peintre désigne par ces mots ses tableaux abstraits “chargés de matière”. Ils ont été le lieu de ses premières recherches. La matière s’est ensuite enrichie d’un mouvement, dans une force et une lenteur qui avaient abouti, voilà quelques années, à une série intitulée “La dérive des continents”.

Aujourd’hui la dérive continue, mais contenue dans une détermination qui la domine, sans pour autant que l’univers se soit restreint. Elle laisse les continents pour mieux travailler l’intérieur des tableaux et l’espace – ou le temps ? – qui va de l’un à l’autre. Elle y construit les fonds, les fondations. Ainsi canalisées, l’énergie et la couleur viennent irriguer l’oeuvre où “les coups de pinceau et de spatule” apportent les touches de lumière.

Ces deux outils, pourtant, n’écrivent pas seulement le tracé d’une dérive ou d’un frottement à la matière. Affûtés au-dessus d’une toile blanche et utilisés d’emblée pour des touches ultimes, décisives, superficielles, pourrait-on dire par rapport aux tableaux “chargés”, ils installent un dialogue qui vient résonner sur/dans le blanc d’un univers sans fond. Paroles flâneuses, aérées, captées à la surface du tableau comme une onde qui se propage… Lucien Ruimy peut donc dériver vers une légèreté qui, comme un gué au milieu d’une rivière, permet à l’artiste de replonger vers des fonds inconnus et prometteurs.

C’est de ces fonds qu’est issue la série des “sets de table”, formule attrapée au détour d’une plaisanterie amicale sur la façon dont étaient présentés les tableaux les uns près des autres. Dans le va-et-vient que nous tentons de suivre (bien sûr dans un ordre arbitrairement rigoureux par rapport à la façon dont les choses se passent en réalité), cette série est celle où apparaissent des figures, des “humanoïdes” ainsi nommés par le peintre.

Lucien Ruimy dit alors avoir “créé le hasard”, parfois en reprenant un tableau abstrait, “un fond” laissé au repos pendant une ou deux années, puis en y “récupérant des zones” où les figures sont susceptibles d’émerger. “Quand ça surgit, explique-t-il, c’est un bout de quelque chose. Alors je formalise en même temps qu’une mécanique se met en place”.

Entre la matière toujours en mouvement, les écritures déliées, et les zones “un peu carnavalesques” où les histoires se racontent à la simple lumière de silhouettes, un univers, sans cesse, se dilue et se reconstruit. Inépuisable, il se donne à voir dans ces “travaux en cours”, comme des instants à partager. Parce que, pour Lucien Ruimy, la peinture est aussi “un échange permanent”.

Etienne RIBAUCOUR

 

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