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On en parle

Gueule de christ 3

admin, le 24 octobre 2012

Lorsque j’ai croisé la peinture de STEPK, je venais de relire le « Voyage au bout de la nuit » et demeurai, comme à chaque fois, bouleversée par ce roman célinien dont on connaît le retentissement. Le voyage de Bardamu commence dans l’horreur des champs de bataille et finit dans un asile d’aliénés : nulle rédemption, c’est toute la vie qui est ratée. Cet irrémédiable désespoir je l’ai retrouvé intact, si j’ose dire sur les « gueules d’anges » de STEPK. Il est loin le paradis de l’enfance où les divines créatures ailées flottent, comme en apesanteur, dans un état de sérénité suprême, ce que nous montre l’artiste a plutôt à voir avec l’enfer. Les visages torturés, défigurés, s’offrent dans toute leur nudité qui n’est que tourments et misère. Ils forment l’armée des gueux et pour cette armée là le peintre éprouve une tendresse compatissante. Leur dénuement est aussi le nôtre quand nous avons fini de jouer avec les apparences et que nous nous retrouvons seuls face au miroir. L’intrusion du religieux dans l’œuvre de l’artiste s’imposait alors comme une évidence et c’est tout naturellement qu’il se tourna vers un chemin de croix où le noir, plus encore que dans le reste de son œuvre, triomphe en tant que couleur de la douleur et du deuil, éclaboussé de sang. Ses « pietà » hurlent la détresse et la révolte d’une mère devant la mort de son fils, sacrifié au maintien de l’ordre. On pense bien sûr à d’autres martyrs, anonymes ceux-là, dont l’Histoire regorge. Le peintre nous appelle à plus d’humanité, à plus d’amour, quitte à nous choquer par sa violence. Cette démarche picturale, empreinte de souffrance s’inscrit dans l’histoire de l’art occidental qui a fait de la crucifixion un thème majeur. Que l’on songe au retable d’Issenheim, œuvre terrible et magnifique de Matthias GRÜNEWALD devant laquelle on tremble et l’on comprendra que STEPK est l’héritier d’une longue tradition qui nous parle d’une humanité démunie que l’on voudrait consoler.

Martine GASNIER

Juillet 2011

 

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