« Au-delà du sensible »
Qu’il s’agisse de sa chromatique, de ses traces graphiques ou de sa relation à la nature, Nicolas Gasiorowski repousse les limites de la sensibilité créatrice. Et l’extrême finesse du traitement de sa matière picturale envoûte. Il peint avec une délicatesse infinie, quand même les sujets traités affrontent de subtiles et fortes tensions intimes.
L’artiste conjugue la plus grande finesse plastique à la puissance évocatrice des vraies profondeurs mentales. Et chaque œuvre respire infiniment dans le poids lourd des somptueux effets d’art créés, raffinés et retenus. Entre désir brut et mystère latent, entre innocence crue et expérience fouillée, Nicolas Gasiorowski navigue en haute création. Il prend distance avec l’ego, comme avec la fascination sommaire des riches couleurs. Sa gamme est assourdie. Il donne vie à l’instant privilégié, à l’instinct gestuel, et laisse venir à lui les murmures profonds de ses âpres et picturales tensions secrètes. Le trait n’enferme jamais la couleur. Matière enrichie de chaude épaisseur vitale. Corps-univers arraché à l’absence.
Chez lui, quelque chose se détache à vif du fond le plus secret de tous les états de la matière vitale : l’irrémédiable absolu de la vie. Nicolas Gasiorowski se laisse porter et surprendre. “Je ne sais pas ce que je fais, dit-il,mais ce que je fais donne lieu à des apparitions. J’adore me surprendre“. S’imposent alors des effets d’art à la fois lâchés, pudiques et puissants. Pour Delphine Piard, sa galeriste, « chaque étape de sa trajectoire est nourrie par un rapport direct au monde, fait d’observations sensibles, de frictions humaines et d’élans intuitifs. »
Le corps éclaté, émietté, intime, pluriel, hétérogène et souterrain a pris ses marques. Les lignes corporelles deviennent d’arbitraires et hasardeuses frontières. Ce qui reste du corps visible est maintenant réduit à d’allusifs tracés qui s’engloutissent au sein du gouffre intra-corporel. Au sein d’une nature pudiquement charnelle, dans la proximité de l’anstraction. De sensibles flaques de tendresse chromatique, ici et là, font passerelles fragiles entre les taches, les traits et les masses qui doucement s’entrechoquent. En chaque œuvre couve le mystère toujours secret de la haute création.
Jusqu’au 21 mars 2026
Art-Scène Gallery
En Une : Changement de climat N°2 – Technique mixte sur toile – 70×50 cm