Dans la miraculeuse et superbe galerie Egregore, Michel Kirch envoûte. Ce prodigieux créateur photographe à mystères, s’abandonne volontiers aux lointains, aux élémentaires, à la dévastation, à la stupeur fabuleuse d’exister. Il a le sens du désert, de l’issue, de l’extase et de l’ascèse. Ce gardien d’immensité pratique le jeu inouï et dangereux des extrêmes. On voit ainsi des ténèbres foudroyées de clartés, de terrifiants chaos apaiser l’infime d’une présence esseulée, ou de formidables falaises attendries par une archaïque coulée lustrale.
Il aime les pierres austères sculptées par le temps, les poussières opaques des sables anciens, l’aridité indéfinie des gris dénudés, les durs territoires d’inquiétude, et les creux envoûtés des tombes solitaires. Il regarde l’eau la plus sombre pour avoir l’âge de la mer. La blancheur hivernale et les reliefs glacés conviennent à ses humeurs. Il aime les matières minérales très denses, impénétrables, et profondément nocturnes. Il les aime d’un amour durable et véritable, et les embrasse du dedans par tous les froids. Il leur parle un langage d’univers, quand un seul mot dure plus longtemps qu’une vie terrestre. Ce jardinier d’âme est immobile, il veille au milieu d’elles, et son regard sans fin vagabonde. Toujours et encore, il cultive ses pierres de nuit. Il en fait ses créations, ses créatures, et ses paysages. Et Michel Kirch, passeur d’immensité, ne reste pas en chemin, il découvre et invente sans cesse. Chez lui, le corps est en extase devant les merveilles de l’univers.
La fente des origines s’ouvre à l’étendue, et l’espace est nu comme la peau du ciel. De l’ombre à la clarté, infinis sont les passages en ces vertigineux paysages.
Les architectures minérales de Michel Kirch, aériennes et tendues, sont les demeures immatérielles des plus lointaines rêveries de la chair. Il faut passer de la créature fragile aux immensités des demeures charnelles. Puis vaincre les failles de l’univers. Aborder enfin le grand Tout. Il y a donc des étapes à franchir, des portails psychiques, et de prodigieux éveils renouvelés. L’esprit attend.
Une fois traversée la porte à mystères, quand l’être unique débarque à vif dans la transparence du monde, le dehors et le dedans fusionnent, l’homme et la roche s’éprouvent, et l’œil s’abandonne aux insidieux labyrinthes des surfaces. Les œuvres de Michel Kirch, comme des talismans, sacralisent d’initiatiques parcours.
Jusqu’au 10 octobre 2026
Galerie Egregore – Casteljaloux (47)
En Une : Ultime limite – 2021 – 75×75 cm