Déconstruction de l’espace
Le domaine de La Dournie, domaine viticole Saint-Chinian dans le Languedoc, propose dans l’Orangerie, attenante à la maison de maîtres, un espace dédié à l’art contemporain. Dès l’entrée du parc planté au XIXème siècle d’arbres majestueux, « Bois d’Ente », de l’artiste Simon Augade, une création en bois greffée sur le fût d’un pin malmené lors d’une violente tempête, grande sculpture torsadée liée à la sinuosité du ceps de vigne, illustre le vœu des propriétaires d’ouvrir le domaine à la création.
Max Charvolen est l’invité d’honneur de l’actuelle exposition dans l’Orangerie. Né en 1946 à Cannes, étudiant dans les années 1960 en arts et architecture, puis stagiaire à Rio de Janeiro dans l’agence d’Oscar Niemeyer, il a été partie prenante des débats agitant les milieux artistiques de l’époque. Ami de Simon Hantaï, proche du Nouveau Réalisme et de Fluxus, il fonde en 1970 le groupe 70 qui très vite s’affirme, avec le groupe Supports-Surfaces, comme le fer de lance d’une véritable révolution picturale. Le peintre « déconstruit » le modèle et ne cherche pas à le reproduire sur la toile. Marc Charvolen, jamais bien éloigné de l’architecture, a travaillé dans plusieurs lieux sur de nombreux bâtis, maisons, escaliers, cheminées., toujours selon la même procédure. Sur le lieu choisi, il colle des morceaux de toile au plus près des formes qu’il veut mouler, pour façonner une empreinte. Dans un deuxième temps, il décolle soigneusement la toile, travail très rigoureux et physique qui engage tout le corps. La toile mise à plat d’un seul tenant, sans aucune superposition de pans, prend une forme qui semble abstraite, tant il est difficile d’y retrouver le modèle. Forme non prédéfinie sujette à de multiples possibilités (720 manières de découper un simple parallélépipède). L’espace en 3D est transfiguré en espace bidimensionnel à l’identité incertaine. Les couleurs, en général primaires et mélangées à la toile, n’ont pas de valeur symbolique, elles sont juste des repères topographiques.
Une réalisation de grande taille de Max Charvolen est exposée actuellement au centre d’art de la Còla, récemment inauguré dans le village voisin d’Aigne dans l’Hérault. L’artiste y a moulé un escalier voué à la destruction. Il figure maintenant comme trace d’un passé révolu.
À Delphes, il y a quelques années, Max Charvolen a moulé « le Trésor des Marseillais », temple érigé par les massaliotes en 540 avant J.C. Œuvre emblématique par laquelle l’édifice prestigieux est recomposé sur une surface plane, tel qu’il est dans son état de conservation après vingt siècles d’existence. En respectant minutieusement les dimensions du Trésor, tout en tenant compte du temps écoulé que symbolisent les manques architecturaux, Max Charvolen est étonnamment proche de l’architecte d’antan. La présence-absence du temple qui « habite » la toile se livre au regard du spectateur, et la restitution architecturale et artistique magnifie une relation aussi essentielle qu’énigmatique dans la vie des hommes.
Une importance que Max Charvolen n’hésite pas à comparer avec l’art pariétal de la grotte Chauvet, quand les artistes de la préhistoire, profitant des possibilités offertes par les formes et les textures des parois et des sols, engageaient un dialogue gestuel d’un corps que l’on peut mentalement reconstituer.
Jusqu’au 1er novembre 2026
Domaine La Dournie – Saint-Chinian (34)
En Une : Max Charvolen à l’Orangerie de la Dournie