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On en parle

Lyon à contre-courant : Entre Presqu’île et Croix-Rousse

Aralya, le 27 juillet 2026

Envie de sortir des sentiers battus, d’oublier les guides sur papier glacé ? C’est tout l’esprit des Échappées d’Aralya : s’évader pour retrouver les vibrations secrètes, les angles morts et la poésie brute d’une ville. Notre seul mot d’ordre ? On oublie la montre, on ralentit et on laisse l’art et les émotions guider nos pas.

Pour ce premier numéro, c’est à Lyon, ma ville de cœur, que je vous emmène. On s’installe pour 48 heures entre l’élégance de la Presqu’île et l’esprit rebelle des Pentes de la Croix-Rousse. C’est une parenthèse éphémère pensée pour cet été 2026, calée sur le rythme d’expositions précieuses à saisir avant qu’elles ne s’envolent et de lieux insolites pour régaler vos yeux autant que vos papilles.

Suivez le fil de cet itinéraire pas-à-pas, arrêtez-vous où bon vous semble, ou piochez librement dans ce carnet selon vos envies du moment.

Savourer & Contempler

Il est ce moment de la matinée où le soleil commence à accrocher les vieilles pierres de la colline de Fourvière. Mon rituel immuable pour profiter d’une vue imprenable et dégagée sur la Basilique, m’installer en terrasse chez Loutsa.

Cette maison est née de l’amour de Caroline et Guillaume Langloy pour le café partagé en Grèce et leur générosité se ressent dès le premier instant : ici, on a laissé le snobisme à la porte pour faire du café de spécialité un véritable art à la portée de tous !
Ce qui me touche particulièrement, c’est le graphisme de leur original tableau des arômes sur les paquets bleus. Cette cible colorée parle immédiatement à mon œil d’amateur d’art. Elle permet de naviguer à l’instinct parmi plus de 80 composés aromatiques – des notes fruitées, florales ou chocolatées.
Ce matin j’ai entre les mains leur Cold Brew bio, ce café glacé infusé à froid aux éclats fruités très vifs, mon premier rendez-vous fraîcheur. En le dégustant, je savoure sa complexité sensorielle qui peut dépasser pour moi celle d’un grand vin.

Le vrai bonheur ? L’équipe sur place refuse de filtrer sa passion. Qu’il s’agisse de goûter un assemblage signature ou une édition limitée de saison, vous pourrez échanger en toute simplicité avec le torréfacteur présent. Et pour les plus curieux, poussez la porte de l’arrière-cour pour voir la torréfaction en direct.

Chiner & S’inspirer

Plus bas, le long des quais de Saône, le rythme ralentit face au ballet des bouquinistes. C’est là, juste devant les boîtes patinées des libraires que bat le cœur de la Galerie Racont’Arts. Pour moi, un espace hors cadre, loin de l’ambiance parfois froide et intimidante des galeries traditionnelles où l’on ose à peine respirer.
Dès le seuil franchi, on ressent le pari audacieux de la créatrice Sylvie Garrigue de désacraliser l’art pour le rendre véritablement accessible et profondément humain. Dans son lieu chaleureux et baigné de lumière, il est agréable d’observer la façon dont les œuvres cohabitent en toute liberté : une sculpture en céramique brute répond à un grand format abstrait, une peinture vibrante dialogue avec une théière ou encore un superbe bracelet. 

Avec une sélection exigeante qui s’adresse à tous les goûts et tous les budgets, pousser cette porte est bien plus qu’une simple visite de galerie : c’est la promesse d’une rencontre réelle et profondément humaine. Laissez Sylvie guider vos pas, c’est une merveilleuse passeuse d’émotions.

S’apaiser & Se rafraîchir

Quand la chaleur de l’été devient trop lourde sur le bitume de la Presqu’île, glissons-nous, dans l’ombre de l’Église Saint-Nizier, trop peu connue à mon goût. Ce chef-d’œuvre d’art et d’architecture de style gothique flamboyant est un havre de fraîcheur olympien, un de ces secrets lyonnais bien gardés. Son architecture me fascine.

En sortant, prenez le temps de lever les yeux vers ses deux clochers depuis le parvis : vous remarquerez qu’ils sont totalement asymétriques. L’un est habillé de briques rouges du XIXe siècle, l’autre de pierre du XVe siècle… un témoignage presque poétique des pannes de budget de l’époque qui me fait toujours sourire. Mais pour moi, le vrai secret de Saint-Nizier demande de contourner ses pierres par le flanc nord, côté rue de la Fromagerie.

Le détail à chasser : Observez attentivement les gargouilles, l’une d’elles dissimule un petit personnage entièrement nu qui arbore fièrement un attribut masculin… particulièrement disproportionné ! Une vieille vengeance de tailleur de pierre mécontent ou un pied de nez coquin aux maisons de tolérance qui entouraient l’église au Moyen Âge ? Une chose est sûre, l’art sacré lyonnais sait aussi ne pas se prendre au sérieux, et c’est exactement ce genre d’histoire que j’aime dénicher au coin d’une rue.

S’attabler & Partager

Le grand air et ces petits secrets d’art et d’histoire finissent toujours par creuser l’appétit. C’est à deux pas de l’église que je trouve chez Les Bons Vivants l’une des plus belles expressions, selon moi, de la réputation gastronomique lyonnaise. Dès que l’on passe le seuil, l’ambiance conviviale et chaleureuse nous attrape. Ici, on oublie volontiers les assiettes minimalistes et guindées.

On s’attable pour le plaisir brut du partage autour d’incroyables planches de charcuteries et de fromages artisanaux, ou d’une viande d’exception cuite à la perfection. La carte des vins est également une célébration. Le spot idéal pour oublier sa montre, laisser filer les heures autour d’une table sincère, et toucher du doigt la vie lyonnaise dans ce qu’elle a de plus authentique et de plus attachant. 

Suspendre le temps & S’évader

C’est en reprenant le fil du quai de la Pêcherie, là où la Saône coule tranquillement, que se joue l’un des grands rendez-vous de ma saison. Pousser la porte de la Galerie Estades, c’est s’offrir une invitation immédiate à suspendre le temps. C’est avec son exposition “Un air d’été” qu’Isabelle Nicolas, directrice de la galerie, nous offre une traversée sensible conçue comme une véritable ode à l’évasion, à la lumière et à la sensibilité.

Ce qui me fascine ici, c’est d’abord le lieu, les voûtes de pierre chargées d’histoire et la façon dont l’accrochage fait magnifiquement dialoguer de grands maîtres avec des signatures contemporaines. Je suis captivé par la puissance graphique de Bernard Buffet, la lumière vibrante d’André Cottavoz. J’aime savourer la poésie suspendue de Charles Malle ou observer la délicatesse infinie des sculptures de Michel Bassompierre et d’Isabelle Brizzi. Un voyage visuel qui fait un bien fou.

Je vous invite à pénétrer dans ce lieu magique et prendre le temps d’échanger avec Isabelle. Elle possède ce talent rare de vous transporter immédiatement dans l’univers et le secret des ateliers. Par ses mots, elle vous entraîne dans l’intimité de chaque créateur, et l’on en repart l’esprit léger, des couleurs plein les yeux. Une parenthèse indispensable à vivre avant qu’elle ne s’achève.

Prendre des forces & Se poser

Pour poursuivre mon Échappée, je mets le cap vers le pied des pentes de la Croix-Rousse. Avant de changer d’atmosphère et de me mesurer à la colline la plus populaire de la ville, mon point de chute fétiche se cache proche de la petite place du Forez, chez Kachka. Dans ce “coffee shop and art house” comme l’appelle son propriétaire, je m’installe sur un des canapés, expresso à la main.

Art, calme, échange et rencontre, 4 mots qui collent au lieu. Ici, pas d’ordinateur, pas de pause travail, que du plaisir. C’est ma halte détente ; un vrai moment suspendu à regarder vivre les Lyonnais, s’imprégner de l’énergie brute d’un quartier cosmopolite, dynamique et vivant. Et s’offrir un dernier instant de calme avant de commencer à grimper.

S’aventurer & Déambuler

Grimper la colline de la Croix Rousse en démarrant par l’escalier Mermet – rue René Leynaud, une expérience unique à Lyon ! Je vous partage un de mes moments préférés : Trabouler ! me perdre et serpenter dans le fameux réseau secret des traboules, emprunté jadis par les célèbres canuts. J’aime ce frisson indescriptible quand je pousse la grosse porte de bois derrière laquelle se dérobe un monde mystérieux. Le tumulte de la ville s’éteint d’un coup sec, immédiatement remplacé par le silence de la pierre, la fraîcheur des couloirs, rendant le lieu presque sacré. On monte à l’instinct au cœur de ce labyrinthe historique simplement guidé par les petits symboles sur les murs.

Ce dédale nous mène, comme par magie, tout à l’est du plateau de la colline, où se cache la Place Bellevue. Son nom est une promesse qui ne ment pas, et pourtant le secret reste merveilleusement bien gardé. Une terrasse suspendue sur la ville et les toits, oubliée des foules et ombragée par quelques arbres.

S’asseoir sur un banc, en prendre plein les yeux : le Rhône qui semble figé, le Parc de la Tête d’Or qui étale sa grande tache verte, et par grand ciel bleu, les Alpes à l’horizon. Si vous avez la chance d’y prolonger l’instant jusqu’au coucher du soleil, la lumière vient caresser les façades en contrebas et offre un spectacle incomparable… Un tableau vivant s’offre à vous et arrête le temps ! C’est aussi ça l’art que j’aime !

Déguster & Se relaxer

Une autre surprise se cache un peu plus haut au 7 de la rue des Pierres Plantées, derrière la devanture de Balthaz’art. J’apprécie de pousser cette porte pour prendre une pause artistique et gourmande. Vous l’avez compris, les ambiances dynamiques et chaleureuses font mon bonheur et ici, dans ce bistrot conçu comme un véritable cabinet de curiosités, je retrouve tout ce qui me passionne : un harmonieux mélange entre meubles chinés et décor contemporain, tableaux au mur et étagères de livres, le tout dans une atmosphère conviviale. 

C’est au chef Frédéric d’Ambrosio que l’on doit cette pépite d’art et de gastronomie. Je vous conseille cette table précieuse, pour un moment de pure déconnexion. Attention pensez à réserver si vous voulez vivre cette belle expérience ! 

Ressentir & Rencontrer

C’est sur ces mêmes Pentes que mes pas vont vous entraîner chez Françoise Besson. figure incontournable du paysage artistique lyonnais. 

Françoise Besson, c’est une véritable chorégraphe, une cheffe d’orchestre passionnée qui met en harmonie des univers artistiques singuliers. Cet été, elle a construit une aventure collective unique sous le titre « L’œil et le cœur », un voyage d’une intimité bouleversante. Elle a transformé son espace en une véritable zone de partage et de circulation, faisant communiquer sa collection personnelle avec ses coups de cœur récents. C’est un choix intime et fort qui célèbre le lien charnel entre l’œuvre et son créateur. Une expérience sensorielle singulière et particulièrement puissante, comme je les aime, toujours guidé par le regard de Françoise, qui sait trouver les mots justes, dépouillés de tout jargon, pour faire résonner l’art en nous et faire vibrer notre corde sensible.

Mon conseil de cœur : Ne repartez pas trop vite. Demandez à Françoise de vous ouvrir les portes de sa maison-galerie située au-dessus de la galerie. Conçue par l’architecte Gilles Perraudin, c’est un lieu architectural exceptionnel qui abrite des expositions temporaires pensées dans l’intimité du lieu… En ce moment la photographie est à l’honneur avec le photographe lyonnais Gilbert Brun.

Et deux rues plus loin, faites un saut à la Petite Galerie, je vous propose de prolonger la découverte en vous immergeant dans le tête-à-tête poétique de l’exposition « L’intimité du Végétal » signée Christine Berger-Mallet.

J’ai toujours beaucoup de mal à redescendre, tant le lieu et les ambiances sont inspirantes et ressourçantes. J’espère qu’il en sera de même pour vous !

Flâner & Chasser les détails

Il est temps, tout de même, de la redescente vers la Presqu’île, mon chemin de prédilection reste la Montée de la Grande-Côte. Descendre par la Montée ! Et oui… c’est aussi cela Lyon ! Pour moi, c’est l’un des plus surprenants lieux artistiques à ciel ouvert de la ville, le sanctuaire historique du street art lyonnais. C’est là que l’esprit rebelle insufflé par les Canuts, nos ouvriers soyeux réputés pour leur révolte du XIXème siècle, s’exprime désormais en dessins, graphes et couleurs résolument modernes.

Le nez en l’air, je m’amuse à chasser les détails éphémères : un collage poétique sur une vieille porte en bois patinée, une fresque vibrante qui réveille la pierre dorée… Chaque pas est une surprise visuelle, une œuvre fugace qui s’offre généreusement au regard du passant.

Mon échappée se termine tout en douceur, là où tout s’apaise : sur la magnifique Place Sathonay, au bas de la Croix Rousse. Cette place a des airs de petit village du Sud de la France en plein cœur de Lyon. On en profite pour s’asseoir sur un banc ou commander une boisson fraîche en terrasse, regarder la vie locale s’écouler paisiblement, et laisser simplement infuser toutes les émotions artistiques de ces dernières 48 heures.

Parce que l’art ne s’observe pas seulement sur les murs des musées, mais se vit pleinement au coin d’une rue, dans l’arôme d’un café ou dans l’ombre d’une cour cachée, j’espère que ce voyage lyonnais aura éveillé vos sens autant qu’il a nourri les miens.

Emportez ces images avec vous… et à bientôt pour la prochaine Échappée d’Aralya.

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