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On en parle

L’héritage de Hodler

Chantal Vérin, le 3 mars 2026

L’exposition du Palais Lumière à Évian, « Modernité suisse. L’héritage de Hodler », cosignée par Pierre-Alain Crettenand et Christophe Flubacher, vise à redéfinir la place de Hodler dans la création suisse de son temps, en montrant d’un côté les filiations, de l’autre les divergences suscitées par son art. La scénographie, nourrie de 130 œuvres, peintures, gravures, dessins et un bronze en regard de dix œuvres du maître, souligne la diversité des réponses apportées à l’héritage hodlérien.

Gustave Jeanneret – 1847-1927 – La montagne – 1892 – Huile sur toile – Collection privé

Ferdinand Hodler (1853-1918), né à Berne dans une famille modeste, arrive à Genève en 1871, où il suit les cours du peintre Barthélémy Menn, dont on connaît « L’Autoportrait au chapeau de paille ». Il manifeste ses ambitions en se prêtant à tous les genres : peinture d’histoire, autoportraits et portraits de commande, paysages, scènes de genre, et sujets suisses. Reconnu en Allemagne et en Autriche, où il est membre des Sécessions et reconnu comme chef de file de la peinture moderne suisse, il se fera connaître plus tardivement en France, à l’Exposition de Paris en 1889, où « La Nuit », grande toile symboliste, suscita le scandale.

Oscar Lühy – 1882-1945 – Requiem dans les Alpes – Vue du weisshorn depuis le gornergrat – 1909 – Huile sur toile – Collection privé – François Bertin Grandvaux

Trois grandes toiles, « Le Guerrier furieux » de Hodler, les « Vignerons » de Gustave Jeanneret et « Le Faucheur » d’Eugène Burnand, trois peintres rivaux sur fond de représentativité au plan national, ancrent la peinture dans la conscience nationale suisse, dans un pays composé de plusieurs régions linguistiques et culturelles. Ces trois « héros » exaltent les mêmes vertus viriles et farouches propres à refléter le caractère suisse. Les figures du « Bûcheron » coupant un sapin (symbole très germanique), les « Scieurs de long » d’Édouard Vallet et les « Pêcheurs dans un bateau » de John Torcapel popularisent le labeur et la détermination des gens dits ordinaires, montrés également dans leurs loisirs avec les « Joueurs de jass aux cartes de tarot » d’Albert Nyfeler et « La piste de bowling de Grächen » de Ludwig Werlen.

Ludwig Werlen – 1884-1928 – Femmes nues dans un buisson – 1910 – Huile sur toile – Association des amis du petit palais

La peinture des paysages alpins, du « Petit Salève » à la forme sculpturale et du « Paysage enneigé » de Giovanni Giacometti aux étendues lacustres, dégage une sérénité que Hodler attribue à un ordre supérieur impalpable. Cette inspiration symboliste devient évidente dans les évocations de la maladie et de la mort, et surtout dans les représentations de la femme, des « Femmes nues dans un buisson » de Ludwig Werner aux « Heures Saintes » de Holder. Dans ce grand tableau, quatre femmes à la posture peu naturelle ont pris place à l’intérieur d’une guirlande de fleurs surmontée à l’arrière-plan d’un arc évoquant la rotondité de la terre. La parfaite organisation dans cette toile est un des éléments du langage théorisé par Hodler sous le nom de « parallélisme » : la symétrie, la verticalité et l’horizontalité, la frontalité, la répétition du motif.

Ferdinand Hodler – 1853-1918 – Heures saintes – 1911 – 1486 – Huile sur toile – 1985 -Stiftung fur kunst kultur und geschichte winterthur

Bien qu’ils choisissent souvent des sujets similaires, les artistes divergents ont choisi des orientations différentes, sans pour autant adopter un style et des thèmes uniformes. Le groupe « Le Falot » se réfère à la peinture fauve, les « Divisionnistes », d’Oscar Lüthy à Ernest Geiger, proches du pointillisme de Georges Seurat, font éclater la couleur en points et taches. Les « Expressionnistes » sont subjugués par Ludwig Kirchner réfugié à Davos, qui a immortalisé « Le Pont de Wiesen ». D’autres, comme Alice Bailly, se tournent vers le futurisme italien et le cubisme de Picasso et Braque. On s’attarde enfin dans la section dite « Réalité crue » avec un spectaculaire retour à la figuration, dans « La tailleuse de soupe » de François-Émile Barrault ou « La Baigneuse » de Félix Vallotton, autre très grand nom de la peinture suisse.

Jusqu’au 17 mai 2026
Palais Lumière d’Évian (74)

En Une : François Barraud – 1899-1934 – La tailleuse de soupe – 1933 – Huile sur toile – Collection privé – Courtesy Dr Corinne Charles Raphal Fiorina Grimisuat

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