De la cave viticole au centre d’art créatif
Devenue espace de création à Aigne dans le Minervois, près de Narbonne, La Còla, ancienne cave coopérative, inaugure son bâtiment modernisé ! Première saison artistique avec deux expositions majeures : Opéra silencieux de Corinne Mercadier et un parcours dédié à Daniel Pontoreau autour du geste, de la matière et du dialogue entre art et artisanat.
Édifiée dans les 1950 et en activité jusque dans les années 2000, la coopérative, inoccupée pendant près de 15 ans, investit un édifice emblématique du patrimoine viticole du Languedoc. Aujourd’hui réhabilitée par l’architecte Yves Bour dans le plus grand respect de l’esthétique brute d’origine, elle devient un magnifique lieu consacré à la création contemporaine et au patrimoine. Le terme occitan « Còla », qui désigne une équipe de vendangeurs, a été retenu pour la nouvelle affectation, en référence directe à l’histoire collective du lieu et à l’idée de travail partagé. Olivier Delavallade, bien connu pour son action au Domaine de Kerguéhennec autour de l’œuvre de Tal Coat, assure la direction artistique de la Còla, en collaboration avec l’association AHAH.
Colossal et démesuré, le chantier de la métamorphose d’un usage à un autre, a marqué les esprits. De monstrueux engins de travaux et des scies géantes ont excavé le bâtiment pour définir un vaste espace inondé de lumière zénithale, tout en matérialisant les traces de l’usage antérieur. Imprégné de cette effervescence, l’artiste Max Charvolen a réalisé au cœur du chantier une œuvre in situ, un diptyque monumental, à partir de l’empreinte d’un escalier voué à la destruction, œuvre qui symbolise cette transition et interroge notre rapport au temps, à l’espace et à la mémoire.
Corinne Mercadier pratique principalement la photographie. Opéra silencieux, ensemble de 10 photographies, retrace la transmutation d’un lieu de travail en un espace de création. L’artiste a réuni des prises de vue du chantier en phase de destruction à un moment de pause des ouvriers et des machines. Arrêt sur image pour garder la trace d’un transitoire état des choses. Puis en conjuguant fichiers numériques, dessins et peintures sur verre réalisés en atelier, Corinne Mercadier déploie un univers personnel, vibrant et poétique, une fable des temps modernes. Des scènes fictionnelles où l’on devine un décor réel dilué dans l’imaginaire.
Sur les terrasses du bâtiment, le sculpteur Daniel Pontoreau propose un exposition-parcours retraçant 30 à 40 ans de sa démarche. L’artiste convoque tous les matériaux modelables, de la terre à l’acier, et crée des formats diversifiés. Une petite boule de terre peut être utilisée comme telle, quand d’autres pièces sont soumises aux aléas de la cuisson. D’autres sont scarifiées, creusées, voire en suspens… La scénographie est dictée par l’artiste, naguère chorégraphe. L’installation est un moment important où les pièces dialoguent avec l’environnement et croisent le regard du spectateur. Certaines, placées à même le sol, comme ce grand voyageur a pu le voir au Japon, obligent à une autre position du corps et modifient le point de vue. Daniel Pontoreau, artiste taiseux, donne des titres laconiques à ses œuvres, voire aucun. À chacun de contempler ses formes comme autant « d’éléments d’un théâtre minéral et silencieux ».
Entrée libre jusqu’au 1er novembre 2026 – La Còla – Aigne (34)
En Une : La Còla en chantier – ©Îllès Sarkantyu ADAGP Paris