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On en parle

Julia Dasic, entre mythologie et surréalisme

Aralya, le 2 juin 2026

Récompensée par le Prix Aralya, Julia Dasic a envoûté le public de Puls’art 2026 avec ses toiles étranges, magnétiques et profondément singulières. En découvrant ses œuvres, on ressent ce frisson particulier, cette confrontation face à l’inconnu qui captive le regard. Julia n’est pas seulement une peintre, elle est la gardienne d’un folklore intime, une alchimiste qui transforme les tumultes du monde en récits mythologiques d’une poésie absolue.

Carnaval – Détail

“Je suis tombée dans la marmite de l’art toute petite” constate Julia. Née à Paris en 1973 d’une mère grecque et d’un père serbe, l’artiste porte en elle une identité plurielle, indissociable, gravée dans ses veines. Quand elle a huit ans, ses parents retournent vivre en Yougoslavie. Nous sommes en 1980, juste après la mort de Tito. C’est le début d’une chute libre, d’une période chaotique et complexe qu’elle traversera jusqu’à ses vingt-quatre ans. Pourtant, de ces années de secousses, Julia n’a gardé que la sève lumineuse : une incroyable solidarité humaine, une proximité viscérale avec la nature et un élan vital farouche. Un véritable tremplin pour la création, nourri par une enfance passée dans une maison saturée d’art. Son père, Momcilo Dasic, peintre brillant et grand chineur d’objets et d’ambiances, lui transmet son regard. Autour d’elle, une mère fascinée par la culture et une grand-mère profondément religieuse complètent ce tableau. Mais là où la religion officielle impose ses dogmes, la jeune Julia préfère se laisser infuser par les croyances païennes, les symboles et l’ésotérisme.

Moma Dašić (1932-2021)

Ce terreau donne naissance à une mythologie personnelle fascinante. Julia puise avec ferveur dans les légendes des Balkans, peuplées d’allégories sombres, de vampires et de magie locale, qu’elle entrelace avec les mythes grecques, créatures marines et bleu obsessionnel de la mer… Marquée par l’univers de Bosch et par les figures de proue du surréalisme comme Leonora Carrington ou Remedios Varo, notre artiste construit un monde peuplé de créatures hybrides et de paysages merveilleux. Paradoxalement, dans son quotidien, Julia exerce le métier d’illustratrice scientifique, dessinant l’anatomie humaine avec la rigueur absolue du réel pour des ouvrages médicaux. Un grand écart saisissant ? Pas pour elle. Cette discipline du regard nourrit son bain de créativité permanent, car pour Julia, « artiste, on l’est et on naît comme ça, c’est une façon de voir le monde ».

L’oiseau bleu – 2025 – Acrylique sur toile – 30×30 cm

Aujourd’hui, c’est au Mans, que Julia a posé son atelier. Installée dans une maison moyenâgeuse à l’ombre de la cathédrale Saint-Julien, elle a trouvé un nouvel écrin à sa mesure. Le Moyen Âge et ses symboles répondent en écho à ses propres obsessions. C’est là, dans ce lieu inspirant, qu’elle orchestre la rencontre entre sa tête et sa main. “Ce qui m’anime, ce sont tous les éléments magiques que je nourris dans mon imaginaire…” confie-t-elle. Dans cette traversée mystérieuse entre l’idée et le geste, la matière se transforme, se dérobe et se reconstruit sous ses yeux.

Julia Dasic

Ses tableaux, qui mêlent intimement le dessin, la peinture et le photomontage, se déploient comme des rêves éveillés aux tonalités volontairement sobres, presque spectrales, où le noir règne en maître. Julia y réinvente les ex-voto, ces objets déposés dans les églises pour porter un vœu ou guérir une douleur. À la place des saints et des anges traditionnels, elle dresse au rang d’icônes des personnages au profil grec, des créatures burlesques aux trognes troublantes et fixes, des métaphores picturales puissantes destinées à nous faire ressentir la magie naturelle, mais aussi la fragilité de la vie.

Percutée par l’actualité, Julia rappelle que nous sommes tous issus de ces mythologies anciennes, et elle choisit d’affronter le monde en lui donnant une dimension surréaliste.

En une : Julia Dasic