La grande Galerie Egregore, dans un lieu artistiquement plus qu’élevé, pour quelques jours encore, expose Jephan de Villiers, avec cinq autres beaux créateurs. Certains artistes outrepassent toutes les frontières mentales, retrouvent les mânes de Lascaux, inventent des créatures archaïques cachées dans l’humus des vieux terroirs. Jephan de Villiers est de ceux-là. Dans les sous-bois désertés du monde, il ouvre un espace magique de très humaine présence.

Sous la peau des arbres d’un passé d’outre mémoire, par la paume éclatée de notre écorce, par les ailes cachées de la nuit, Jephan de Villiers, avec des outils de lune, avec l’implacable regard d’un papillon, et ses mains de haute nature, façonne d’inouïs rêves de matière vivante. Et l’œil épouse ces évidences vitales, pour avoir enfin l’âge de la terre. Extraordinaire présence de ses minuscules personnages sidérés. Ces pèlerins-là sont d’effarants immobiles, fixés dans la plus fabuleuse des obsessions de la vie profonde, et de l’humanité.
Jephan de Villiers accomplit la mise à nu des excès de l’art et de tous les débordements du mental. Prodigieux animiste contemporain, il est sorti de l’antre, et les subtiles silhouettes totémiques de son bestiaire humaniste exorcisent l’énigme d’exister. Comme il sait venir à bout des pauvres miroirs de l’individualité, Jephan de Villiers réveille la magique puissance des arts d’origine.
Ils lui servent d’assise, et de grand véhicule. Les arts premiers, ses voix d’ancêtres et d’arrière-langage, agissent en lui comme une formidable chirurgie d’âme. Cet artiste-sylvestre est l’explorateur d’une proximité inconnue, un grand « élémentaire ». Plus que tout autre, il accomplit la mise à nu des excès de l’art, et de tous les débordements fabriqués du mental. Il se moque des cultures fatiguées qui s’efforcent en vain de cacher l’irrespirable fragilité de la vie, et son impensable poids.

Jephan de Villiers n’illustre aucun sacré préexistant, et par lui, la terre parle une langue oubliée des hommes.
Jusqu’au 10 octobre 2026
Galerie Egregore – Casteljaloux (47)
En Une : Les nomades du silence (extrait) ©Jephan de Villiers