Et autres créateurs
L’Abbaye d’Auberive, étonnant centre d’art créé par la famille Volot, Jean-Claude et Dominique, avec aujourd’hui leur fille Alexia aux manettes, piège à vif les attendus de l’art et ses provocations fabriquées. L’art le plus âpre, le plus dur et le plus troublant a trouvé sa demeure, par la puissance d’un habitat, et d’une volonté incarnée, et non par le fait instauré d’un ministère, d’une institution ou d’une administration. Ceux qu’on appelle par commodité des artistes le sont ici dans leur vérité nue et dans leur profondeur brutale. Auberive est un archipel unique constitué d’îles graves, cruelles, douloureuses, sublimes. Ce que la vie ordinaire cache obstinément, ce que la vie médiatisée est incapable d’affronter, ce que la vie culturelle écarte avec soin, tout cela éclate en ce lieu prodigieux lieu d’art et d’histoire.
Jean-Pierre Nadau et Gilbert Peyre sont les têtes d’affiche de l’exposition agencée par Alexia, commissaire de l’ensemble. S’ajoute, au vaste premier étage, la présence capitale de quelques manitous du fonds auberivien créé par Jean-Claude Volot. La liste impressionne : Muriel Belin, Georges Bru, Philippe Dereux, Fred Deux, Sabrina Gruss, Andrée et Jean Moiziard, Louis Pons, Ronan-Jim Sevellec et Joel-Peter Witkin. Et plusieurs œuvres à voir pour chacun de ces grands créateurs. Alexia Volot de préciser : « Tous ces artistes osent invoquer, et Gilbert Peyre en est un chef de file, des souvenirs oubliés, un regard enfantin quand l’âge de raison n’a pas encore frappé, quand se mélangent rêves et réalités, vérités et mensonges, quand la ligne de partage des règles à respecter est encore floue. »
Drolatique, iconoclaste et fabuleusement inventif, Gilbert Peyre, né en 1947, artiste festif s’il en est, théâtralise avec une jubilatoire dérision d’impensables scènes inattendues qui pourfendent tous nos attendus. Il crée d’époustouflantes scénographies décalées. Alexia développe : « Autodidacte, serrurier de formation sans en exercer le métier, Gilbert Peyre a très vite, à côté d’activités alimentaires, commencé à créer en assemblant des matériaux divers tels des jouets à roulettes faits de boites de conserves récupérées. La maitrise des cartes électroniques et la programmation informatique vont lui permettre d’animer ses sculptures. Cette vie insufflée l’amènera au spectacle vivant, théâtre de rue et cinéma, tout en étant régulièrement exposé en galerie ou en des lieux institutionnels, dont la Halle Saint Pierre à Paris. »
Dans les très surprenantes cartographies mentales de Jean-Pierre Nadau (né en 1963), libertaires et burlesques, voire chamaniques, il n’y a jamais de surcharge graphique, tant le vide infini couve sous la poussière des signes. Chez lui, microcosme et macrocosme s’indistinguent. Son écriture magique, nouée et dessillée crée un monde subtil, aérien et prodigieux où rien ne pèse, où rien ne s’identifie aisément. Ces entrelacs inouïs, pulsionnels et chargés de toutes les apparences possibles, proposent un jeu infini et fascinant de virtualités. Sa furie créatrice l’accompagne dans ses secrets graphiques les plus scabreux, les plus drolatiques, ou les plus insensés, microcosme et macrocosme mêlés.
Jusqu’au 27 septembre 2026
Centre d’Art Contemporain – Abbaye d’Auberive (52)
En Une : Gilbert PEYRE – BêteMachine – 1997-2016 – Électropneumatique – 2,20×1,70×0,60 m – ©Gilbert Peyre, photo Kyoichi Tsuzuki – ©ADAGP, Paris, 2026