« Instants de lumière »
Jean-Charles Quillin est venu d’une île lointaine. Peut-être même est-il né de la lave d’un volcan, et peu de couleurs ont demeure chez lui. Tout part de la nuit absolue. On voit donc des êtres traversés de nuit, des ténèbres d’univers, et des poussières d’être, des presque riens profondément habités.
Des êtres de nul oubli, et de toute humanité, sans passé, sans présent, sans idéologie. Des êtres nés d’un rituel inconnu. Ils font miroir de nos propres ténèbres. Ils ont traversé tous les désespoirs. Ils sont invincibles, et les ténèbres tressaillent.
Peu de couleurs et peu de signes, comme dans toute grande peinture. Jean-Charles Quillin impose un face-à-face sensible, délicat, fragile. Le dénuement, l’ascèse et le dépouillement font vivre l’art vrai et puissant qui sort de l’antre et de la grotte archaïque, dans l’approche lente et silencieuse des possibles de la vie.
Il n’y a pas de précipitation chez l’artiste, mais de l’extrême vigilance. Le corps peut se vêtir d’obscurité absolue, la lumière s’approche tout de même, celle qui veille en nous, au profond des nappes phréatiques du mental enfoui. L’art de Jean-Charles Quillin est rituel d’apparition, contre toutes les disparitions. Il assène la singularité subtile et terrifiante du ressenti archaïque. Démonstration métamorphique de l’altérité cruelle et grimaçante. Ici le chaos fait la gueule. Si la flamme recueille le sommeil des cendres, dans cette peinture immaculée, la fournaise du dedans s’éternise sans fin.
Ses êtres d’étrange vie posthume brûlent d’une vie interminable, car ils ont survécu à leur mort. Ils sont les servants mystérieux d’un rite impensable, les témoins écrasants de nos rêves perdus, et leur regard troue sans fin l’étendue. Unis à la nuit, et vêtus d’elle, ils ne verront jamais les fatigues du jour. Indestructibles et minéralisés, et comme issus de toutes nos pertes, et n’ayant plus rien à perdre, ils sont sauvés, et nous sauvent de l’inertie.
Dans cette peinture somptueuse, extrême et tendue, d’immenses cellules d’énergie anarchique, organique et virulente, se bousculent pour arriver jusqu’à faire la vie. Eros croît dans l’intimité partagée de la nuit. Jean-Charles Quillin sait épouser la tendresse des confins.
Jusqu’au 27 mai 2026
Galerie Marie Vitoux – Paris 4ème
En Une : Déité de l’instant – 114×146 cm