Dialogue artistique sino-français
Familier de la Chine et de ses beautés artistiques, on ne s’étonne pas que Jean Anguera, grand sculpteur de notre temps, participe, avec deux peintres chinois résidant en France, Chen Weinong, Zhang Yi, à un fort et solide dialogue artistique entre la Chine et la France, invité par le directeur du Centre Culturel de Chine à Paris, Monsieur Wang Meng. En effet la volonté qui préside à cette exposition est bien celle de mettre en scène deux regards qui se croisent, chacun en direction de l’autre.
Les deux peintres regardent l’œuvre d’un sculpteur et cherchent à y voir une sensibilité proprement française, tandis que notre sculpteur contemple la pensée chinoise et cherche à en déchiffrer une sensibilité proprement chinoise. Et Jean Anguera, élu à l’Académie des Beaux-Arts en 2013, de préciser : « Ce que je comprends toutefois c’est que s’il n’y avait pas de différences fondamentales entre nous notre rencontre n’aurait pas le même intérêt. Il y a des périodes propices et c’est peut-être celle que vous vivons actuellement où les cultures cherchent à se fondre, à se comprendre dans des échanges souhaités et souhaitables afin de nous agrandir mutuellement. »

Les sculptures d’élévation de Jean Anguera accumulent du temps. Elles sont du temps-matière et du temps-univers. Des strates se surajoutent les unes aux autres, avec des entailles et des cicatrices. On dirait qu’elles partent du sol, et la terre est un socle pour le corps, le territoire d’art de ce sculpteur intemporel. Pour lui, toujours la même source : l’argile, qui a conservé la mémoire de ce qu‘elle a vécu. Lui sent et intègre cette dimension d’accumulation, avec seulement la vague et hasardeuse idée de la hauteur à atteindre. C’est l’œuvre qui décide, pas l’intellect. Et tout advient : les directions de l’espace, la nature masculine ou féminine de l’œuvre, ses dimensions, son aura de pure présence. Jean Anguera n’agresse jamais l’espace, il l’incante. Ainsi la terre parle une langue oubliée des hommes. Et quand il s’adonne à la peinture, le sens du vide et la vastitude le rapprochent intensément de la Chine.

Dans ce riche dialogue, Chen Weinong et Zhang Yi, peintre de renom qui résident en France, l’accompagnent magistralement. Les racines artistiques du premier sont profondément ancrées dans la tradition de la peinture chinoise de paysages. Le second, proche parfois du grand Zao-Wou-Ki, atteint dans une fusion profonde, l’unité des mondes. Les éléments s’unissent, œuvrant ainsi un espace symbolique d’air vivant infiniment ouvert.
Jean Anguera, Chen Weinong, Zhang Yi
Jusqu’au 30 août 2025 – Centre Culturel de Chine – Paris 7ème
En Une : Jean Anguera – Femme étendue – Résine polyester – 2017 – 47x179x70 cm