Ce mercredi 7 octobre 2026, la pluie avait fait son retour sur Lyon. Mais rien n’arrête les visiteurs de Art Paper. Déjà avant l’ouverture des portes, l’accrochage à peine terminé, des passionnés attendaient au bas des escaliers du Palais de Bondy. En quelques instants, les salles se sont remplies de rumeurs joyeuses, d’éclats de rire et de regards captivés. Amateurs éclairés, collectionneurs passionnés, galeristes ou simples curieux se croisent, s’arrêtent, échangent leurs impressions devant les oeuvres exposées dans une atmosphère chaleureuse et décontractée.

Le papier, habituellement discret support de nos écrits, révèle ici toute sa sensibilité, sa force poétique et son infinie pluralité, offrant au regardeur une immersion sensorielle d’une rare intensité.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la proximité rare entre les artistes et les visiteurs. Chaque créateur prend le temps d’expliquer l’alchimie de son travail : la patience d’une encre qui séche, la pression d’un outil sur la fibre, le secret d’une couleur, d’un trait, d’une composition. On ne parcourt pas seulement une exposition, on entre dans des univers, guidé par une ambiance unique qui fait battre le cœur du salon.
Lyon Art Paper c’est un foisonnement de talents et d’émotions. Près de 70 plasticiens venus de tous horizons sont réunis. La sélection rigoureuse, orchestrée par un jury de professionnels, offre une vue panoramique de ce que le dessin et l’art du papier ont de plus vibrant à offrir aujourd’hui. Ici, le médium dépasse sa simple fonction de support : il devient sculpture, texture, vibration et langage.

Parmi tous ces créateurs, on retiendra la présence de Margot Buffet avec ses assemblages sans aucun artifice autre que des papiers blancs ou de couleur, de la fibre, qu’elle triture, colle, pour donner naissance à ces portraits inoubliables. Les « jeux subtiles d’ombre et de lumière » de Béa Berg associant photographie et techniques diverses, emportent nos imaginaires vers des paysages silencieux. Les toutes nouvelles créations de Florence Dussuyer « L’emprise du blanc » donnent à voir des corps dans toute leur pudeur. Et puis notre regard est capté par ce mur « rose » qui cache derrière cette douceur et cette poésie une toute autre réalité que Juliette Choné évoque avec passion. Quel plaisir également de découvrir les monotypes de Lila Bettin, l’artiste s’est lancée dans cette aventure et le résultat est étonnant. L’unique oeuvre de Yolaine Wuest éclaire la pièce en toute transparence. Pour Catherine Basset-Aubonnet, entre collage, photo, souvenirs et dessins, des personnages prennent vie plus étranges les uns que les autres.

Impossible de citer tous les talents… la surprise est constante et les artistes rivalisent d’audace. Les tubes de rouges à lèvres de Friederike von Hellermann brillent d’originalité. Tout à côté notre regard se perd dans l’univers onirique et foisonnant de Milosh Luczynski, représenté par la galerie XXIe. « Les petites archéologies » de Mina LobaManen, accrochées simplement en disent long sur nos vies. Notre cheminement nous amène à croiser les paysages intérieurs de Yuanyuan Zong ou les villes oubliées de Wataru Yasuda, les corps de François Tibaudo Cesco, ou l’abstraction lyrique de Marcelle Benhamou, à s’émerveiller devant les mondes végétaux et minéraux de Nathalie Millpa…,

Arrêt obligatoire devant les compositions d’une poésie saisissante de Philippe Louisgrand, l’invité d’honneur. Son trait, vif et aérien impose son style unique. Benjamin Pléau, lauréat du prix Art Paper 2025 nous invite à nous approcher au plus près de la surface de ses tableaux pour en déceler tous les mystères.
Un bel hommage est également rendu à Philippe Favier, qui nous a quitté brutalement en mars dernier. Quelques unes de ses oeuvres sont présentées et nous rappellent l’immense talent de cet homme à la discretion légendaire.

Samedi 10 octobre, les murs du salon ont à nouveau brillé avec la remise des Prix. Ce sont les espaces imaginaires de Clément Omont, entre noir et blanc, ombre et lumière, que nous avons sélectionnés pour le Prix Aralya. Ses monotypes nous invitent à nous perdre et rêver autour de ces lieux. Nous vous en dirons plus sur lui prochainement.
A signaler également, le Prix Art Paper remis à la jeune Lily Blanpain, celui d’Artension au duo Yves D’Anglefort et Juliette Lempereur, et pour Canson à Mo De Lanfé.
Pour Aralya, chaque édition de Lyon Art Paper est une promesse tenue : celle de célébrer la force du geste et de démontrer avec éclat la vitalité ininterrompue des artistes d’aujourd’hui face à ce matériau ancestral qu’est le papier.