Au début du siècle dernier, la mort des images est achevée, au moins pour les artistes en quête d’oxygène mental. L’art abstrait ouvre ses voies avec Kupka, Malevitch et Kandinsky. Mais l’abstraction de ces grands plasticiens marqués d’intellect, ne sera pas la seule voie de l’abstraction. L’abstraction
expressionniste des grands Américains d’avant-guerre, puis l’abstraction lyrique et les abstraits contemporains gardent contact avec les profondeurs charnelles, comme la tache aveugle qui ferait vivre toute vision incarnée.

Domitille d’Orgeval, commissaire de la délicieuse exposition « Géométrie du vivant“ (Topographie de l’Art, à Paris), ouvre et fouille d’autres voies dans une approche plurielle, ouverte et décalée d’une abstraction charnelle, poétique, naturante, lyrique et profondément “vitaliste“. L’intellect n’est plus qu’une source lointaine très heureusement dépassée par des liens d’incertitude qui organisent les subtiles relations de l’homme avec la nature et sa nature.
La structure géométrique, comme une trame instinctive et animée, est totalement fondue dans une investigation intime de l’invisible (ou plutôt du peu visible) qui couve dans les hauts-fonds discrets du monde.

Domitille d’Orgeval a réuni dix beaux artistes de générations différentes, de Marinette Cueco à Sophie Blet, de Nicolas Floc’h à Vladimir Skoda, pour « traduire les rythmes et les cycles du vivant » afin de mieux dégager les différents états des surgissements d’une nature encore sauvage et protégée des excès de la modernité. « L’exposition relève les interdépendances complexes que nous entretenons avec l’environnement », précise la commissaire.

Cette géométrie incarnée du vivant, finement écologique, propose un art sensible et fragile, pudique et vibrant.
Jusqu’au 18 juin 2026 – Topographie de l’Art – Paris 3ème
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