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On en parle

Felipe Romero Beltrán

Chantal Vérin, le 19 novembre 2025

« Rio Bravo, récit artistique »

Felipe Romero Beltrán, né en 1992 à Bogota en Colombie, est un photographe colombien engagé qui vit et travaille à Paris. Ses projets artistiques, fondés largement sur l’exploration des questions sociales et migratoires, dépassent le cadre du reportage et créent des récits picturaux d’une grande sensibilité. Il a été récompensé par plusieurs prix internationaux. Son œuvre fait l’objet actuellement de deux expositions, l’une à Paris à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) et l’autre au Carré d’Art-Musée d’Art contemporain de Nîmes.

El Cruce – ©Felipe Romero Beltran

À la MEP, le projet Dialect réalisé entre 2020 et 2023 documente la vie de neuf jeunes gens marocains hébergés dans un centre pour migrants à Séville, en attente de leur régularisation. Travail très construit qui associe des images prises sur le vif et des mises en scène conçues avec les protagonistes. La fragilité de leur existence, suspendue entre souvenirs de traversée et attente quotidienne, subtilement traduite en images, se perçoit par touches sensibles.

Endings – ©Felipe Romero Beltran

L’exposition du Carré d’Art présente le projet photographique Bravo décliné en trois chapitres distincts et une impressionnante œuvre audiovisuelle El Cruce. En toile de fond, la région du Rio Bravo, ce long fleuve qui sert de frontière entre le Mexique et les États-Unis, théâtre permanent de tensions géopolitiques et de drames humains. Le photographe capte les réalités physiques et sociales de cette frontière. Fixés par l’objectif sans artifices, les austères logements portent les traces d’une occupation transitoire précaire, les portraits dépouillés évoquent la lassitude, les paysages désolés ont un air de no man’s land. En contrepoint, dans l’immense fleuve, se jouent des scènes improbables : le baptême filmé en direct d’hommes et de femmes au milieu des eaux, un homme qui lave des vêtements sans doute abandonnés lors de traversées clandestines, un autre qui se baigne…Le fleuve, dont le cours se modifie au gré du mouvement des vannes du barrage qui retient ou libère les eaux, façonne le mode de vie des humains. En incorporant d’autres usages, l’artiste, sans pathos, détourne et déplace l’implacable condition de la frontière, qui devient une géographie qui appartient à la culture et au langage. Une fois transgressée, elle disparaît symboliquement. 

El Cruce – ©Felipe Romero Beltran

Felipe Romero Beltrán n’aime pas les images déshumanisantes véhiculées par les flots d’informations des problématiques migratoires. Par la négation « visuelle » de l’existence du Rio Bravo, il déplace le focus sur d’autres possibles et crée un nouveau récit empreint de poésie.

Dialect – Jusqu’au 5 décembre 2025
MEP – Paris
Bravo et El Cruce – Jusqu’au 29 mars 2026
Carré d’Art – Nîmes (30) 

En Une : Série Rio Bravo ©Felipe Romero Beltran

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