« Du visible à l’invisible »
L’exposition présentée au Musée d’Histoire de la Médecine, « Étienne-Jules Marey : chronophotographie, sciences et arts », retrace le parcours fascinant d’un savant visionnaire, à la croisée de la médecine, de la physiologie, de la photographie, du cinéma naissant et de l’art.
Étienne-Jules Marey (1830-1904), médecin physiologiste très bien intégré à la société parisienne influente et aux milieux savants de son époque, se décrit comme « un ingénieur de la vie ». Il travaille dans ses laboratoires, dont la fameuse « Station physiologique » du Parc des Princes mise à sa disposition par l’État, entouré d’un réseau de collaborateurs. Ses recherches l’entraînent dans des explorations expérimentales autour d’un unique objet : comprendre le mouvement dont nos sens ne peuvent se saisir, l’analyser et en garder la trace. « Il y a une méthode pour voir l’invisible qui me séduit beaucoup », dit-il en 1886. Génie de la mécanique, Marey invente des instruments, sphygmographe, thermographe, myographe, qui lui permettent d’enregistrer les mouvements externes et internes des corps, de la locomotion animale et du vol des oiseaux, comme des pulsations du pouls humain. Type du savant en « science pure », peu intéressé par les applications pratiques, il laisse à d’autres le soin de faire fructifier ses découvertes dans les domaines du sport, de la santé, du travail, de l’entraînement militaire, de la photographie et du cinématographe, et ce, avant les frères Lumière !
Vers la fin des années 1870, Marey présente le « fusil chronophotographique » et son fameux « photochronographe ». En livrant jusqu’à 60 épreuves par seconde, la chronophotographie permet de décomposer dans le temps et dans l’espace les phases d’un mouvement invisible à l’œil nu. Les clichés spectaculaires, trop médiatisés, du “cheval en suspension“ et du « chat qui retombe sur ses pattes », occultent les conséquences de l’invention sur la perception de l’image en tant que représentation du réel, démarche commune aux artistes et aux scientifiques. Les recherches de Marey pour rendre visible ce fascinant « invisible » ont fécondé tout un pan de l’avant-garde picturale du XXème siècle. Des expériences futuristes des Russes Natalia Gontcharova et Malevitch au peintre tchèque Kupka. Dans l’une de ses toiles, s’inspirant des méthodes de décomposition propres à Marey, celui-ci a découpé l’espace en une série de bandes colorées évoquant la succession des instants. « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible », dit encore Paul Klee.
Jusqu’au 18 février 2026
Musée d’Histoire de la Médecine – Paris 6ème
En Une : Vue de l’exposition au Musée d’Histoire de la Médecine