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On en parle

Sans titre

John Doe, le 4 June 2012

Tiré par Bruno Seigle (Laboratoire Photon) sous contrôle de l’auteur

Reste 8 tirages sur 12

 

Toulouse 31SANS

Dans leur noir d’encre, leurs perspectives sinistres, leurs clartés nocturne et leur flou aussi fragile qu’un duvet d’adolescent, ces images du quartier du Mirail à Toulouse recréent une atmosphère intime qui rejette le sordide attendu pour guetter des coïncidences de vrai bonheurs, fugitifs et intenses sur lesquels passes un avion indifférent.

Hervé Le Goff

 

31100, c’est le code postal du territoire de Toulouse connu sous le nom du Mirail. Dans ces quartiers populaires, on retrouve de manières importantes les populations immigrées de la première, seconde ou troisième générations. Les habitants sont très marqués par les problématiques du chômage, de la précarité, de l’accès au droit, de la violence mais aussi de la stigmatisation. Ces quartiers connaissent depuis plusieurs années une logique de ghettoïsation entraînant une exclusion et des mouvements de replis identitaire très forts. Dans une logique d’appropriation par les jeunes habitants de ces territoires, les quartiers sont rebaptisés dans des jeux de mots d’une symbolique évidente et forte. Ainsi Bagatelle devient Bagdad, la Faourette : Far West ou encore Bordelongue : Bordure. Ces quartiers sont aussi un espace où la jeunesse est plus présente qu’ailleurs, précurseuse souvent dans le langage, les créations, le mode de vie de toute une génération. La rue, subtil mélange entre espace public et espace intime, est investie par toute une population. Lieu de buissness, de retrouvailles, d’affrontements parfois….c’est aussi un terrain de jeu, de vie et de rencontres extraordinaires…. toujours sous le regards des voisins. Ce contrôle social permanent rend difficile l’accès et la circulation des étrangers au quartier, mais aussi aux histoires d’amours…

 

Qu’il travaille en noir et blanc ou en couleurs, Arno Brignon poursuit la même quête de la révélation par la lumière, de la recréation d’instants que seule la photographie peut capter et s’attache donc, avant tout, à restituer des ambiances. Plus exactement, il utilise la photographie comme un outil sensible qui lui permet de faire partager la relation qui s’établit, parce qu’il les vit intensément et de façon sensible, entre des ambiances, des moments, et les émotions qu’ils éveillent en lui. C’est donc une photographie qui se construit sur l’articulation entre une volonté documentaire et la nécessité d’une subjectivité assumée, vibrante et généreuse. Il ne s’agit pas ici – et quelle que soit la qualité des images – de « bonnes » photographies mais de pousser les images, volontiers trompeuses, dans ces retranchements où elles ne peuvent plus se contenter de séduire. Elles doivent dire, vraiment. Dire à la fois qu’elles dépendent du réel duquel elles sont surgies par la volonté du photographe, un réel fort de ses propres caractéristiques, aussi différentes que les multiples aspects d’un Paris traversé en visiteur curieux à l’affut des sollicitations visuelles qui feront déclencher ou bien exploré dans ses sous-sol et qu’on ne pourrait comparer à des « souvenirs » de famille ou à la tentative de compréhension d’un espace aussi singulier que Ceuta, dans le détroit de Gibraltar. Dans tous les cas, alors que le principe de narration n’est pas à l’oeuvre comme élément premier, alors qu’il s’agit d’abord de se laisser réagir à ce à quoi l’on est confronté, la forme s’impose comme une manière d’assumer un « je » en train d’opérer la mise en forme. C’est dans une subtilité des couleurs, dans la façon de travailler les bougés, de caresser le grain, de faire vibrer les éclats de lumière animant les géométries que se dessine le point de vue. Il s’affirme par la liberté de choisir dès le début un format, une technique, de choisir le carré ou le rectangle, des variations de gris ou une palette douce, d’accorder au portrait la couleur dans la fermeté du carré comme on laisse filer dans le rectangle horizontal les pastels du quotidien chroniqué avec tendresse. Cela ne donne pas un « style » qui serait une façon de s’enfermer dans la forme pour que l’on reconnaisse un auteur, mais cela précise des intentions. D’abord, il ne s’agit pas, même si la photographie fut inventée pour « reproduire fidèlement le réel », de décrire le monde. Il s’agit de savoir comment on s’inscrit en lui, comment on se l’approprie sans avoir l’intention de le réduire à sa vision, comment on en questionne l’existence, entre inquiétude et émerveillement, et comment on propose simplement de partager ces questions avec ceux qui vont regarder des images que l’on partage.

Christian Caujolle

 

Parcours :

2009

Etudie la photographie à l’école ETPA – Toulouse

 

Expositions :

2012

Exposition La Double Absence

Festival Rio Loco

Centre Culturel Bellegarde – Toulouse

2012

21° rencontre de la photographie – Villeneuve la rivière

2012

Exposition La Double Absence / 6 Jours à Risjel

Galerie Le neuf – Lodève

2012

Exposition Collectif du Grain à Moudre – Ceuta

Festival Itinéraires des photographes voyageurs – Musée d’Aquitaine / Les glacières de la Banlieue – Bordeaux

2012

Exposition Collective – 6 feet Under

2012

Exposition La Double Absence

Biennale photographique – Conches sur Ouche

Centre Culturel Henri Desbals – Toulouse

2011

Exposition Collectif du Grain à Moudre – Six Jours à Risjel

Centre Mediterraneen de l’image – Malves

2011

Exposition Collectif du Grain à Moudre – Ceuta

Festival Manifesto – Port Viguerie – Toulouse

2010

Festival Scoop – Angers

Exposition Collectif du Grain à Moudre – Transit

Galerie NB – St Etienne

Festival MAP – Grilles de St Sernin – Toulouse

Exposition Collectif du Grain à Moudre – Joséphine

Festival Manifesto – Port Viguerie – Toulouse

Maison de la Photographie – Lille

 

Prix :

2011

Dotation Kodak Professionel

2010

Lauréat du prix documentaire du festival SCOOP 2010 Projection 31Sans

Obtention Bourse Toulous’up 2010

Grand Prix ETPA2010 Exposition 31Sans

Bourse du Talent – Bibliothèque Nationale de France François Mitterand – Paris

2009

Lauréat Bourse du Talent Espace et Territoire # 40

 

Résidence Collective

2009

Maison de la photographie – Lille

2008

Intègre la galerie Voz’Image

 

Site de l’artiste : Je visite