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On en parle

Ortheses 02

John Doe, le 6 June 2012

“Orthèses”

La montagne a été l’un des premiers théâtres d’une orthopédie du paysage à grande échelle, sous l’égide du service de restauration des terrains de montagne, vers la fin du XIXème siècle. La raison de l’ingénieur a entendu par là contenir une nature impétueuse en la canalisant par la force, parfois pour en tirer profit par le biais d’installations hydroélectriques. Les ouvrages réalisés à cette fin s’apparentent le plus souvent à de gigantesques orthèses. Ils sont là pour corriger, retenir, parfaire, renforcer… Leur fonction sécuritaire les a projetés dans le paysage de manière brutale et conflictuelle, sans souci d’esthétique ni d’intégration au sens où on l’entendrait aujourd’hui. Le béton et le métal y sont laissés bruts. La fonction et l’ouvrage se confondent dans un geste architectural efficace, dénué de tout ornement. Ces ouvrages, dont les plus anciens font désormais patrimoine, caractérisent un état particulier de notre relation à l’espace dont ils figurent une sorte de cas extrême. À côté de l’agriculture, des déplacements, ou de l’urbanisme, ils fabriquent un paysage basé sur un postulat très différent et quasi démiurgique : celui d’une restauration (du latin restaurae : rebâtir, réparer, refaire) appliquée à l’échelle des éléments naturels. Les images de cette série tentent de saisir ces actes de jardinage démesuré en filant la métaphore corporelle dont ils sont imprégnés. Derrière le lexique technique du génie civil qui s’emploie à les qualifier (virevent, toit-buse, claie, étrave, râtelier, dent freineuse, digue d’arrêt, tremplin…) ces ouvrages humanisent un univers hostile comme on soigne le corps humain : ici en suturant, là en drainant, ailleurs en enveloppant… La montagne que montrent ces images apparaît comme une situation-limite, comme un espace en tension où nos schémas de pensée et d’action sur l’espace s’affichent comme dans un grand livre ouvert. Les paysages fabriqués par l’homme y sont à la fois défensifs et brutaux, marqués par le rapport de force. Mais ils sont aussi touchants et fragiles dans leur dérisoire volonté de contrôle.

 

Parcours :

Photographe autodidacte

 

Expositions 2011 :

Exposition de la série « Orthèses » à la BnF

Paris Sélection Bourse du talent pour la série « Orthèses »

Exposition de la série « Nord géographique »

festival des Transphotographiques – Lille

 

Site internet de l’artiste : Je visite