« Répéter-Muter«
Le musée des Beaux-Arts, installé dans le palais des ducs et des États de Bourgogne, et le musée Magnin de Dijon présentent en dialogue avec les collections permanentes deux expositions consacrées à Djamel Tatah, un des peintres les plus importants de la création contemporaine. Sous le titre “Répéter-Muter“, les commissaires Frédérique Goerig- Hergott, Sophie Harent et Caroline Fournillon-Courant ont privilégié, plutôt qu’un parcours chronologique ou thématique, une approche où chaque spectateur est incité à construire sa propre interprétation, face à une peinture silencieuse dépouillée de toute narration superflue, en général sans titre.
Sur les toiles de grand format placées très bas, comme pour accuser l’impact du vis-à-vis avec le regardeur, apparaissent des figures humaines épurées, peintes à échelle réelle, sur fond d’un vaste espace abstrait. On voit des figures graphiques plus fréquemment masculines que féminines, vêtues de sombre, statiques ou en mouvement, debout ou allongées, voire inanimées et en suspension, souvent solitaires, parfois en groupe d’individus similaires. De tableau en tableau, l’image reprise selon des inflexions minimes de posture, de couleur ou de cadrage, semble se répéter, évoluant subtilement en mutant d’une toile à l’autre, s’enrichissant à chaque fois d’une nouvelle expérience transformatrice.
Si la manière de peindre est indépendante des lieux dans lesquels les tableaux sont installés, la mise en regard avec les œuvres anciennes des musées dijonnais rappelle l’importance des références culturelles et des sources imagées qui accompagnent l’artiste et nourrissent sa réflexion. Dans la salle des tombeaux par exemple, la confrontation entre les gisants de Djamel Tatah et ceux médiévaux des ducs de Bourgogne, est saisissante. Dans un autre registre, les images véhiculées par les médias des corps ensachés des tragiques victimes actuelles, ou de la silhouette d’une Palestinienne hurlant son désespoir, marquent la manière à la fois retenue et forte de l’artiste d’être attentif au monde contemporain. La guerre se répète, ses formes mutent…
Au musée Magnin, l’exposition investit l’escalier monumental avec “Vois là“, grande œuvre suspendue de sept mètres, composée de trois grands lés imprimés recto-verso. Les corps peints chutent au ralenti, ou flottent dans l’espace silencieux, privés de tout point d’appui. Là encore, la narration est absente, reste l’expérience d’une dérive où aucune position stable n’est envisagée. De nombreuses estampes réalisées dans l’atelier parisien de Michael Woolworth prolongent la recherche picturale de Djamel Tatah dans l’espace du multiple imprimé, avec sa même exigence, sa curiosité toujours renouvelée et son désir généreux de partager l’œuvre au-delà du cadre de la peinture.
Jusqu’au 20 septembre 2026
Musée des Beaux-Arts et musée national Magnin – Dijon (21)
En Une : « Sans titre » – Bois gravé – 150×103 cm – 2008 – Atelier Woolworth