Une grande artiste vient de disparaître, décédée le 25 juillet à Paris. La fluidité était et sera son territoire de vie dans les confins enchantés des corps magifiés, ceux de l’éternelle inguérissable enfance et d’un imaginaire vif et débridé. Art syncrétique d’innocence absolue. Simonne Picciotto créait des êtres-racines nés des sources archaïques du psychisme profond, dans un va-et-vient constant et fusionnel entre ses mondes intimes et rêvés. Percutante aventure de lignes, de formes et de couleurs. Sa chromatique agissante et solaire bouscule toute convention attendue, et l’œil voyage en bienveillante sidération dans l’étrangeté généreuse de ses fiévreuses scénographies. « Celui qui regarde doit recevoir de la tendresse, de la sensualité, de l’énergie. Mes personnages sont des aimants, plutôt que des amants. » dit-elle. Entre vie brève et folle santé.
Ses dynamiques créations de vivantes et pures merveilles ne relèvent pas de l’art brut au sens installé du terme mais plutôt d’un art singulier, décalé, intemporel et féérique. L’art instinctif et magique de Simone Picciotto, d’étonnante profusion, foisonne d’inventions graphiques, ludiques libertaires et aériennes. On perd pied, on perd le nord, et on s’égare joyeusement dans l’impensable et la féérie. Un amour indifférencié traverse ses œuvres totémiques, une naïveté stupéfiée, et un étonnement sans limites que les richesses fragiles de la modernité ne pourront jamais combler… Émerveillement d’être, en faisant apparaître, au milieu mouvant des fluides de l’art et de l’âme qui ne cessent de s’écouler.
Merci, Simone d’avoir autant créé.
Les obsèques de Simone Picciotto auront lieu le 4 août au Père Lachaise, à Paris, à 11h30.