Un grand bonhomme de la plus haute création vient de mourir, ce samedi 25 juillet. Il vivait à Marciac dans le Gers. Sculpteur, céramiste, peintre, et maître en sombre dessin, Rémy Trotereau, né en 1956, avait de nombreux amis, dont Jean Guérard. Il était donc très naturellement très présent, quasi à demeure, dans la belle galerie de ce dernier, la Galerie Egregore, où il était là, depuis longtemps, dehors et dedans, et ses grandes sculptures verticales oxygénaient le lieu, en pleine nature.

Le corps factice et fabriqué n’était pas son affaire, et son art âpre, dur et fouillé, évacue d’emblée tous les faux-semblants qui masquent les sources charnelles de nos corps plus ou moins habitables. Corps métamorphiques, inhabitable et monstrueux, créés à coups de scalpel mental. Rémy Trotereau, voué à l’antre, assène, par face à face implacable, la dure singularité du ressenti archaïque. Réponse exorcisée aux faillites du corps réel. Rémy Trotereau, sculpteur d’abîme, franchit vers le bas les interdits qui barrent l’accès au réel ancien et scandaleux de l’humaine animalité et les figures qui naissent de ce rituel n’ont pas de référence. Ses créatures toujours surgissantes ont la fièvre des origines. Arrachées au néant, elles se moqueront du beau jusqu’à la fin des temps.

Rémy Trotereau invente à chaud un prodigieux rituel de possession. En courage, en magie et en cruauté, son art de haute santé enchante le malaise d’être. Ses prodigieuses scénographies sauvent le vieux monde de ses linceuls. Il fait remède à la mort-vie. Il remet du désordre partout où il faut. Flotte parfois comme un air raréfié d’atmosphère incongrue, comme les jeux interdits d’un enfant d’âme qui tuerait le vieux monde et ses marionnettes disloquées…

Il cimente à vif des éléments d’art arrachés aux mythologies disparues, ou par lui réinventées. Avec la minutie d’un sorcier halluciné, il réinvente à notre usage les rites et les affres du désir, et la transgression salutaire est son territoire de création. Rémy Trotereau, artiste poignant et soignant, creuse à mains nues dans nos souterrains perdus.