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On en parle

Diseuses de silence

Chantal Vérin, le 3 septembre 2026

Sculptures

L’Espace Monte-Cristo, à Paris dans la quartier du Père-Lachaise, diffuse et expose les œuvres de la Collection Fondation Villa Datris, lieu historique de cette Fondation créée en 2011. Constituée de plus de 250 œuvres d’artistes reconnus, comme émergents, la collection explore la richesse de la sculpture contemporaine à travers sa variété de matériaux et de techniques.

Proposée dans l’espace parisien, et magnifiquement scénographiée, l’exposition « Diseuses de silence » invite 21 sculptrices internationales à explorer les possibilités artistiques dans la subtile défense du féminin. Des créatrices très connues, de Miss Tic, Suzanne Husky, Niki de Saint-Phalle à Cajsa von Zeipel ou Rym Karoui. La sculpture est la langue la plus ancienne de l’humanité, et ces artistes en explorent tous les possibles.

Carte blanche à Yosra Mojtahedi – « Isthme Noir » – Courtesy de l’artiste Photo ©Bertrand Michau ADAGP Paris 2026

Ces « diseuses », non pas de bonne aventure, dénoncent le « silence » assourdissant qui pèse sur les drames du monde actuel, et plus spécifiquement sur le destin des femmes. Car, selon les commissaires Pauline Ruiz et Jules Fourtine, « c’est en libérant la parole que nous pouvons changer les choses pour enfin rendre au silence son calme et sa sérénité ». Le parcours thématique débute par l’Ar(t)mur(e) de Raymonde Arcier, une effigie de l’artiste de plus de 2 m de hauteur vêtue d’une cotte de mailles crochetée en laiton et d’un heaume majestueux qui laisse entrevoir de grands yeux verts à la fois doux et perçants. Une œuvre démesurée, réalisée maille par maille, qui relate la difficulté d’être femme dans le monde de l’art. De Céline Cléron, la figure antique de la cariatide conserve sa fonction initiale de soutien, non plus d’une architecture, mais d’objets usuels, tels bassines et seaux.

Raymonde Arcier – « Ar(t)mur(e) pour art(r)iste – ©Céline Cléron, ADAGP Paris 2026 Photo ©Bertrand Michau

Ce qui pèse suggère alors avec humour la charge mentale qui pèse sur les femmes. Dans le décor végétal du patio, « la Sentinelle » de Beya Gille Gacha, hautement perchée sur un arbre, incarne une étrange divinité féminine revêtue d’une peau en perles de verre bleues réalisée selon une technique de l’art bamiléké du Cameroun. Elle nous invite à prendre place sur les sculptures-bancs d’Anita Molinero, et à l’instar de l’œuvre de Jeanne SusplugaT’es pas folle, à affronter par la parole collective les différentes formes de l’enfermement. Sujet sensible où se côtoient les récits de femmes anonymisées envoyées en Guyane pour coloniser le territoire, et les témoignages de femmes albanaises incarcérées après le meurtre de leur mari violent. L’artiste Anila Rubiku a mené des ateliers dans une prison de Tirana et rassemblé sous le titreFree again leurs travaux de broderie et de dessin.

« Le Poids des Portes » – Mouchoirs brodés – ©Chantal Vérin

Tout aussi injuste le sort de jeunes filles « enfants du péché », condamnées à réaliser des travaux d’aiguille dans le silence institutionnel. Trois mouchoirs finement brodés y font référence. Le sort des femmes et fillettes afghanes invisibilisées est évoqué dans la performance risquée à travers les rues de Kaboul de l’artiste Kubra Khademi, vêtue d’une armure qui souligne les formes de ses seins, son ventre et ses fesses.

Beya Gille Gacha – « Sentinelle » – ©Beya Gille Gacha ADAGP Paris 2026 – Collection Fondation Villa Datris

À l’étage, Yosra Mojtahedi, dans le cadre de sa carte blanche, a réalisé Isthme noir, une installation à la croisée de l’art et de la recherche scientifique : d’une fusion entre références humaines et végétales naît un paysage immersif et sensoriel. De cet univers opaque où le noir occupe une place centrale, émerge une présence énigmatique invitant à la méditation. Vulcanahita est inspirée d’une déesse des eaux perse, et se déploie dans des bassins où le liquide ondulant évoque la puissance mystérieuse des volcans.

Entrée libre et gratuite.

Jusqu’au 13 décembre 2026
Espace Monte-Cristo – Paris 20ème

En Une : Katia Bourdarel – Installation – « Le lait des mots » – ©K.Bourdarel ADAGP Paris

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