Les peintures de David Daoud, enfiévrées et nocturnales, creusent leur dur sillon, où les plus humbles, les anonymes et les lointains ont droit de cité, fussent-ils égarés et fantomatiques, noyés dans la nostalgie d’une lumière qui fut. Histoire intime nimbée d’éternelle inguérissable enfance, embrassée par les remous de la grande histoire des hommes, et toujours secouée d’extrême vie.

Ce que les lumières et les ornières de la culture cachent obstinément, ce que les ordres du jour ne peuvent affronter, la part sombre le révèle et dit les trouées de l’être, les corps sacrifiés de nos ombres, et leurs beautés mortelles. Et ces corps d’humanité pourraient s’en aller dans l’opacité illimitée de l’univers. Mais chargés d’inépuisable énergie, ils ne peuvent disparaître.

La dense peinture de David Daoud, à cœur ouvert, palpite dans ses veines créatrices. Le corps, ici, est toujours en exode, vêtu d’espace peint, et la peinture, âpre et seule, est nue. Corporéité marquée d’abstraction sensuelle, et riche de chaude épaisseur vitale. En elle, en effusion pâteuse et tressaillante, s’enfouit la chair vive qui semble sourdre du profond de la toile.
Ce qui se crée, ici, vient d’avant le corps construit. Et le corps lui-même – comme dans l’œil la tache aveugle – devient le creuset de toute vie, la source de tout chaos créateur, et de toute créature d’altérité.
Ce qui se crée, ici, vient d’avant l’image construite. Comme en exil, et comme il se doit, la création s’arrache à la création. Elle naît d’elle-même, métaphore d’un monde toujours en devenir, et symbole d’un art qui ne cède jamais aux sommaires sirènes du jour.

David Daoud creuse à mains nues les décombres des surfaces. Il assène, par face à face éprouvant, la singularité terrifiante du ressenti archaïque. Il construit de l’indestructible.
Jusqu’au 12 mai 2026 – Galerie Retour de Voyage -L’Isle sur la Sorgue (84)
En Une : David Daoud – La ville oubliée – 2024 – 160×160 cm