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On en parle

Christophe Abadie

Christian Noorbergen, le 27 mars 2026

Christophe Abadie crée des êtres de très haute présence, et d’immense proximité. Il peint les humains comme des présences d’humanité perdues dans l’immensité, infimes herbes folles qui s’agitent aux vents du monde. Faits de poussières d’âme et riche d’éternelle errance, ces êtres du mouvement jamais ne s’abandonnent à l’infini de leurs manques : ils marchent et ils avancent. Ils mettent l’immobilité en déroute. Chargés d’inépuisable énergie, ils ne peuvent disparaître. Au creux intime de leur fragilité, ils vivent d’art et de mémoire.

Cortège 51 – 2025 – Huile sur toile – 45×60 cm

Christophe Abadie peint admirablement la genèse érectile des corps, et leur festive allure éruptive. Et il sait s’arrêter à temps. Jamais il ne sature la vie sauvage des signes, et jamais il n’éteint l’énergie incandescente de ses couleurs habitées. Riche d’oxygène mental, chaque œuvre respire royalement. 

Peinture de haute densité, chargée d’élan et de pudeur, de ciel lointain et de boue ancienne. Corporéité artistique marquée d’abstraction sensuelle, et riche de chaude épaisseur vitale. En elle, en effusion pâteuse et tressaillante, s’enfouit la chair lointaine qui semble sourdre du profond de la toile, comme si l’humain pénétrait la terre. 

Émeute 7 – 2007 – Huile sur toile – 146×211 cm

Chez lui, la lave humaine sommeille dans les profondeurs bloquées, et des éruptions d’art creusent des trous dans la peau des choses. Et des corps peints naissent de ces trous. Arrachés au néant, ils se moqueront du beau jusqu’à la fin des temps, et les taches aveugles du mental profond, secrètes et telluriques, prennent enfin leur envol. Au-delà du corps insaisissable sont les lointains vécus du corps : ceux du dedans, projetés à vif dans l’ailleurs du monde.

Petit gabarit – 2005/2024 – Huile sur toile – 114×195 cm

Dans la touche si sensible de sa peinture, des crispations de matière, frôlant l’abstraction, signent la présence agissante et retenue des meurtrissures vitales. Mais la brutalité des couleurs, comme le sang, s’est retirée.

Un beau livre vient de paraître, disponible en sa galerie.

Jusqu’au 4 avril 2026
Galerie Cyril Guernieri – Paris 6ème

En Une : Petite fille à la corde 2 – 2023 – Huile sur toile – 81×60 cm

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