Avec les « Bienfaits du beau », une somptueuse trilogie semble se terminer ( ? ). A l’avant-garde des vigilances qui pérennisent l’art vrai (en oppositions aux fabrications répétitives de l’hyper-contemporain), Christine Sourgins propose un regard esthétique aiguisé et désintéressé sur la beauté. Après “Anatomie de la beauté“ et sa “Géographie de la beauté“, l’historienne de l’art aux mille et une références édifiantes analyse les différents impacts du beau sur l’être humain, pour peu qu’il se donne les possibilités d’accueillir la beauté, quand la complexité consommatrice de la modernité le permet, « encore faut-il les bonnes lunettes », précise l’auteure. Son livre donne justement les clés pour se les procurer, ce qui nécessite un travail conséquent et de longue durée dans les profondeurs mentales, du côté de l’indispensable et difficile santé de l’âme.
Si l’idée de Beauté, liée à un idéal ou encore à un concept intemporel, mérite une majuscule, l’italique du beau ou de la beauté privilégie la dimension esthétique.
Le masculin du premier ou le féminin de la seconde suggère l’union de tous les possibles qui définissent les états pluriels unissant le beau et la beauté dans « le respect des cultures comme de la nature ». Les bienfaits du beau recouvrent en effet un vaste champ qu’analyse subtilement et efficacement Christine Sourgins.
Entre sublimation, catharsis et thérapie, les voies agissantes de la beauté ne s’arrêtent évidemment pas aux seuls sentiments esthétiques, fussent-ils culturellement fondés. De l’attention à la contemplation, « la beauté salutaire » nécessite une implication profonde du sujet regardant, à « la croisée de l’immanence et de la transcendance ».
Les derniers mots de ce livre tonique, aéré et sensible, fascinent : « Devenir librement les obligés de la beauté, voilà ce qui pourrait sauver le monde. »
Christine Sourgins, « Bienfaits du beau » – Éditions Boleine – 15 € – Acheter le livre