L’ambiguïté, et la pluralité de lectures qui en découle, est l’une des sources d’une œuvre mystérieuse, féérique et d’une très apparente naïveté, celle d’exister sans concept, sans arme idéologique, et sans garde-fou. Christian Kervoalen, est un rêveur particulier et fabuleux. Il fouille les espaces inhabités du dedans, enfouis dans les mystères ensommeillés du dehors.
La pure et dure énigme de l’existence couve dans l’immobilité magique de ses scènes du tout intérieur, quand les territoires du ciel et de l’eau s’unissent en plaines liquides, où des errants fragiles s’abandonnent à des marches lentes qui ne finissent jamais. Ses « visiteurs » viennent des confins du monde habitable. Ils n’ont plus de patrie, sinon celle de l’eau, de la blancheur et de la peinture.
Pour l’artiste, « l’eau est le plancher des humains ». La demeure humaine s’épure ici de tout repère, le paysage devient désert arborescent. Une implacable lumière dénude l’étendue. Le monde n’est plus qu’une seule immense peinture, et l’ordinaire devient l’extraordinaire. Austère et rigoureuse, éloignée des tensions du quotidien, l’œuvre impose sa puissance feutrée. Une insidieuse inquiétude, plutôt qu’un drame latent, hante ces lieux d’absence et de silence. Les architectures sylvestres de Christian Kervoalen sont des labyrinthes et des murailles. On dirait les demeures secrètes des plus lointaines rêveries de la chair, dans une création étrangement familière et miraculeusement quotidienne.
A l’écart du monde urbain, Christian Kervoalen donne aux lieux les plus attendus, fussent-ils habités et déjà vus mille fois, l’impact sidérante de la plus surgissante présence. L’ordinaire chez lui devient l’extraordinaire. Austère et rigoureuse, éloignée des tensions du quotidien, l’œuvre impose la puissance feutrée de ses surgissements arrêtés. Dans la proximité de l’ailleurs.
La Galerie Egregore, propice aux artistes majeurs, l’accueille.
Jusqu’au 10 octobre 2026
Galerie Egregore – Casteljaloux (47)
En Une : Voilage – Scalpel sur carte à gratter – 43×33 cm