« Art sans frontière »
L’ouverture créatrice de Bernadette Lock-Remuson, artiste d’origine auboise, impressionne. Forte d’une technique éprouvée, à l’aise dans tous les registres techniques, elle navigue dans les hautes marches de l’art, aux confins des évidences fatiguées de la normalité. Qu’elle s’empare de l’obsédant portrait, du saisissant surgissement charnel, de la plus subtile fascination de l’abstraction, voire de l’impact attractif d’une matière inconnue, elle est toujours présente au rendez-vous de la vraie création. Elle impose une allure d’apparition magique qui donne à chacune de ses peintures l’impression d’une sidérante première. Une discrète trame d’opacité densifie chaque œuvre au profond des apparences.

Les visages créées, reconnaissables ou anonymes, sont d’abord des aventures de têtes. Elles semblent venir de la nuit des temps comme des fantômes arrachés au néant. Mais ces fortes têtes d’âme vécue sont d’abord de très sensibles portraits d’humanité, des spectres d’outre-vie qui traversent l’immensité.
Gros plans de peau dans la magie absolue de l’intime présence, les corps qui surgissent accidentent à vif les miroirs de sa peinture, quand la chair dit l’incroyable intensité de la vie dans le sombre chaos de l’univers. Corps somptueux et fragile qui impose la puissance assumée d’une intimité à la fois osée et fantomatique.
Quand l’artiste s’attaque à l’abstraction, heureuse et récente aventure, elle invente une mystérieuse matière veineuse et craquelée à la chromatique délicate, voilée et veloutée. Parfois, ici et là, des traces d’infime sauvagerie maîtrisée oxygènent l’étendue.
D’une audace fraîche et constante, Bernadette Lock-Remuson voyage en haute peinture. Fluide et tonique, son art est sans frontière mentale.
Jusqu’au 3 mars 2026
Espace Didier Bienaimé – Chapelle Saint-Luc (10)
En Une : “Marbre“ – Huile sur toile – 73×54 cm