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On en parle

Bahman Panahi

Chantal Vérin, le 9 février 2026

« Quand le miroir se souvient du pas »

Premier musée dédié à l’art et la culture soufis, le Musée d’Art et de Culture Soufis MTO, ouvert en 2024, s’impose comme un lieu singulier, où les collections permanentes, porteuses d’histoires et de savoirs liés au soufisme, dialoguent avec l’art contemporain, la poésie, la musique et les arts vivants. Le titre de l’actuelle exposition « Quand le miroir se souvient du pas », fait allusion à l’importance dans l’art persan de l’ayeneh-kari, cet artisanat raffiné de découpe minutieuse et d’assemblage délicat de petits miroirs en mosaïques géométriques. Tout un travail du miroir qui dépasse la simple ornementation, en devenant par le jeu des reflets et de la lumière, une architecture de révélation. Un art d’une haute valeur symbolique et métaphysique inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO pour sa sauvegarde. L’œuvre intitulée Triangle de Monir Sharoudy Farmanfarmaian, pièce majeure entrée dans la collection permanente en est une vibrante incarnation.

Bahman Panahi- 04 Sālik – MACS MTO – ©Jean-Yves Lacôte

Pour cette exposition, la commissaire Golzar Yousefi a invité l’artiste plasticien franco-iranien Bahman Panahi, maître calligraphe, musicien et créateur du concept « Musicalligraphy« , une exploration des relations entre structure musicale et composition visuelle dans l’art calligraphique. Bahman Panahi pratique depuis toujours l’exigeante discipline de la calligraphie, il connaît la poésie et la philosophie persanes, et le langage du soufisme lui est présence familière.

Bahman Panahi- 07 Maʿrifat – MACS MTO – ©Jean-Yves Lacôte

Créées in situ, les œuvres calligraphiques éclairent huit termes -clés de la pensée soufie, comme autant de points de repère mystiques. De tasawwuf qui signifie « le processus pour devenir soufi » à fana, « anéantissement de l’individualité », le visiteur, face à la transcription visuelle de chacun des huit mots, est invité à suivre la progression de la quête intérieure du soufi. La dernière composition, de forme ronde, à la fois synthèse et aboutissement, concentre autour d’un point central tous les éléments d’une véritable cartographie spirituelle. Placée sous une coupole spécifiquement conçue pour faire résonner le son, les auditeurs sont enveloppés par des vers poétiques chantés.

Bahman Panahi- 02 Seyr – MACS MTO – ©Jean-Yves Lacôte

Bahran Panahi tisse un langage de points et de lignes, éléments fondamentaux de la calligraphie, mais ce langage visuellement très esthétique ne se résume pas à un système de signes, il est une vibration tendue, une modulation forte qui oriente le spectateur non pas vers la lecture mais vers l’écoute intérieure. « Le point devient un silence avant le son, la ligne, une extension mélodique de ce silence. Ensemble, ils composent un rythme visuel que le spectateur peut ressentir plutôt que décoder ». De plus, « Le point représente l’immobilité, la ligne le mouvement, le point symbolise le moi, l’individu, le fini, tandis que la ligne incarne l’expansion, le cheminement et l’infini ». À la fois ensemble de signes entrelacés et musique, silence et rythme, l’œuvre instaure un dialogue entre le son et la forme dans l’art contemporain, tout en ouvrant un espace d’intime questionnement.

Jusqu’au 20 septembre 2026
Musée d’art et de culture soufis MTO – Chatou (78)

En Une : Bahman Panahi – « Fana » – ©Chantal Vérin

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