Le fil rouge d’Isabelle Baeckeroot…
Le point de départ d’un travail ; le déclic peut être une couleur, une lumière particulière, une musique, un poème, le feu qui brûle dans la cheminée…
La peinture est une façon pour moi de sonder l’inconnu, l’invisible, de répondre à un appel intime.
Les textes fondateurs, les mythes, les contes, les catalogues de peinture, qui mettent en relation les dimensions intérieures et leur représentation sont mes principales sources d’inspiration.
Je les relie à mon approche de la nature qui a toujours été très présente. Les paysages qui m’entourent, les montagnes et leur infinité d’éclairages, le couvert des forêts, les fleurs du jardin, sont un grand livre qui me nourrit. Qu’il s’agisse de l’eau des rivières ou de fluides plus subtils qui semblent nous porter, de la lumière ou de l’ombre qui jouent à créer des formes familières, des animaux rencontrés ou simplement esquissés dans une pierre, de la tension verticale de la cascade ; il y a une traversée des apparences vers un lieu où me retrouver.
C’est un passage tendu, ténu, vers des univers imaginaires et intimes, qui demande de l’attention et du temps pour tenter de l’accueillir et de le restituer. Je me sers de la transparence du verre où les miettes, les bulles, les couleurs vont faire parler les surfaces et les profondeurs. En peinture, la fluidité des couleurs et leur résonance me permettent de passer dans une dimension plus onirique.
Techniquement, avec le verre je travaille des couches superposées, j’y ajoute l’émail pour la couleur, les miettes de verre pour les jeux de matière et de lumière, et je laisse la cuisson faire son travail. Il s’agit de la technique du fusing. Pour moi l’enjeu était à partir d’un matériau simple de faire jouer à la fois les couleurs et la transparence. Et de tenter de ne pas me laisser piéger par le côté accrocheur du verre. Ce sont des objets qui peuvent ressembler à des livres ouverts, des sculptures, ou des tableaux, où les limites entre les univers restent ouvertes.
Avec la peinture, je travaille avec des couches de couleurs fines, superposées, qui vont se combiner pour créer l’espace. Pastel, huile, acrylique, et à la cire saponifiée. Actuellement, j’utilise essentiellement des encres, du pastel sec, et un peu d’acrylique. J’ai une grande réserve de petits croquis, de notes prises lors de balades ou voyages qui me servent souvent de déclencheur aux plus grands formats. J’utilise du papier intissé comme support et je travaille sur le mur, dont j’aime la résistance pour accompagner mes gestes. L’encre sur l’espace de la feuille encore blanche, me sert de point départ. Je continue avec des pastels secs, de l’acrylique, par superposition, juxtaposition, frottements, etc. Je maroufle ensuite ces papier sur chassis entoilé.
En quelques mots, son premier choc artistique…
Vers ses 10-12 ans, les parents d’Isabelle ayant choisi l’Italie comme lieu de vacances, elle visite plusieurs sites et musées du pays. Elle est complètement retournée par le site de Ravennes et ses mosaïques, notamment celles du tombeau de Galla Placida et est étonnée par les tableaux de Piera della Fancesca et de Boticelli à Florence. Il y a là quelque chose qui la remue, et une porte intérieure qui s’ouvre. Une sorte de beauté, un mystère qu’elle ne comprend pas et qui va l’entraîner vers la peinture…
Le portrait chinois d’Isabelle Baeckeroot
Si vous étiez une oeuvre, vous seriez : Iris Clair – Georgia O’Keefe (1924).
Si vous étiez une couleur, vous seriez : Abricot cuit.
Si vous étiez un pays, vous seriez : Hollande.
Si vous étiez un livre ou une musique, vous seriez : « Le cavalier suédois » de Léo Perutz – Sonate pour piano N°13 Shubert.
« L’artiste ne crée rien du tout, il écoute, assemble, détourne, retrouve, montre ce qui est… Il n’est jamais un créateur mais un témoin qui se souvient un peu plus tôt ; l’ancrage de l’esprit à la chair se fait par la croisée du souffle : ce qui est spirituel respire. »
Valère Novarina, L’envers de l’esprit.