Le fil rouge de Claude Jeanmart…
Peintre et plasticien, Claude Jeanmart pratique et combine aussi bien les techniques de la peinture et du graphisme que celles du numérique et de la vidéo au service de son intérêt pour le corps dansant, en mouvement, le corps touché et dessiné en aveugle, le corps célébré par la mythologie et la littérature.
Depuis quelques années, son intérêt pour le corps et sa lecture de Diderot, plus la rencontre avec une amie devenue aveugle, l’ont amené à explorer un monde nouveau et fascinant pour un plasticien, celui de la création artistique par le toucher seul, sans le secours de la vue. C’est la découverte d’une autre réalité, d’une autre vérité, où l’on se débarrasse des à priori, des stéréotypes de la représentation.
Il s’agit de : dessiner ce que l’on sent et non pas ce que l’on sait. Ce travail d’une quinzaine d’années, intitulé « Corps aveugles », s’est déployé dans des séries de portraits en aveugle de 1,50×0,90m, de peintures de 2mx0,90 m, sortes de portraits corporels dans lesquels les modèles se reconnaissent, certains évoquant même une géographie de l’âme. Ce sont les Portraits Géants, les Géantes, les Atlantes, les Apsaras. À cela s’ajoutent de nombreuses séries de travaux crées sur palette graphiques dans les formats A3 et A2.
Aujourd’hui, Claude travaille sur une série de grands triptyques et de formats A2 sur le thème « OSMOSE »… Il revient au toucher des corps comme avec les Apsaras et y ajoute le toucher des photos comme avec les Atlantes. Le dessin de départ, c’est un carnet de croquis et des feutres noirs : entre les séances de kiné lors d’un séjour en clinique, il a tracé une série de graphismes intitulée Klinik. Il en a tiré des triptyques de 273×200 cm, ainsi que des images au format 40×60. Il a souhaité réunir trois idées : mental, animal et végétal. Mental c’est un choix parmi les dessins KLINIK, Animal, ce sont des photos et des dessins en aveugle de corps nus, seuls ou en couple, et Végétal c’est une chasse à des images de fleurs, plantes, végétaux, lisibles ou enfouis. Ses lectures actuelles l’ont convaincu de la proximité de toutes les formes de vie, de leur interdépendance, de leur osmose.
Pendant toutes ces années, une collaboration s’est nouée et affirmée avec l’artiste Catalan Jordi Cerdà. Il s’agit d’un échange de propositions et de réponses plastiques entre artistes sur un thème choisi ensemble auquel ils ont donné le nom de « Parallélisme » dans la mesure où chacun suit sa route et respecte celle de l’autre, même s’il y a émulation de l’un à l’autre.
Depuis l’enfance, il vit une sorte de boulimie de connaissances générales puis créatives, engagé dans l’Art sa seule issue. Son travail fonctionne sur l’aporie de la période baroque, c’est-à-dire le conflit irréductible et fécond entre la loi et la pulsion. La loi, à travers les contraintes techniques, le thème, la pulsion l’investissement, la mise à jour de ses strates intimes, de ses désirs ainsi sublimés, et le besoin de dépasser ce que l’on vient de réaliser. Créer, c’est donner à voir de la pensée. Tout ceci s’organise hors de toute volonté, car si l’intention prévaut le propos devient didactique. Il faut donc être en permanence « décentré », en équilibre pour ne pas se réfugier dans les banalités, ou la reconnaissance de type « signalétique ».
En quelques mots, son premier choc artistique…
Elève aux Beaux Arts d’Amiens, Claude a découvert la peinture de Gauguin : une femme d’Océanie assise sur la plage. Il a aimé le sujet très humain, la densité des couleurs, la simplicité des formes. Il a acheté son premier livre d’art : Gauguin. Désormais pour les fêtes ou son anniversaire, sa mère lui écrivait au dos d’une reproduction d’une œuvre de Gauguin.
Sa rencontre avec Gérard Georges Lemaire, Ecrivain, critique d’Art a été d’une grande importance. Rencontré à Toulouse, lors d’un vernissage, il a accepté que Claude lui envoie un dossier sur son travail. Très vite ses textes critiques sur sa production, d’une telle intensité et clair voyance l’ont éveillé au contenu de sa peinture, l’ont conforté dans sa quête, l’ont dynamisé.
Le portrait chinois de Claude Jeanmart
Si vous étiez une oeuvre, vous seriez : Un cheval de Lascaux.
Si vous étiez une couleur, vous seriez : Arc-en-ciel.
Si vous étiez un pays, vous seriez : La France.
Si vous étiez un livre ou une musique, vous seriez : KafkaKafka, La Métamorphose, et Like a bird de Leonard Cohen.
« Dessiner ce que l’on sent et non pas ce que l’on sait. »