Le fil rouge de Claire Brusadelli…
Probablement lié à sa formation d’historienne, la peinture est, pour elle, une manière d’évoquer phénomènes et déterminants du monde actuel qui la bouleversent ou la mettent en colère.
Ainsi, comme beaucoup, Claire est alarmée par l’accélération de la destruction de la Terre par l’homme à tel point qu’un certain nombre de chercheurs évoque notre entrée depuis 1945 dans une nouvelle ère géologique, l’anthropocène…
Une partie de son activité, la série « l’Inexorable », prenait sa source dans les travaux de Paul Virilio et la nécessité d’une « science de l’accident » : elle travaillait sur les catastrophes climatiques (glissements de terrain, inondations) ou accidentelles (Fukushima).
Elle est également décontenancée et affectée par la montée du fondamentalisme religieux :
Est-il possible que certains croyants dans l’attente de l’Apocalypse et du Jugement Dernier imposent leur vision destructrice ? Elle avait conçu une série qui s’appelait « Si Dieu le veut » qui montrait des villes en ruines et des paysages dévastés.
Cependant depuis quelques années, Claire ne souhaite plus inscrire son travail dans une perspective eschatologique trop oppressante, puisqu’elle veut croire en l’humanisme, en l’éducation, en la raison, au progrès, en la science, avec un regard distancié sur les sujets qui l’affectent.
Elle ne peut s’empêcher de voir et de peindre avec une certaine jubilation des paysages très colorés, à la végétation luxuriante, convulsive, parfois violents, en ébullition, parfois assoupis, dans une atmosphère froide, sans un seul être humain… miroir d’un monde possible.
Elle a aussi voulu, à partir des Essais de Mircea Eliade autour du mythe de l’Age d’or – qui suivant des traditions multiples caractérise le commencement et la fin de l’histoire – de construire un monde positif. Elle songe aux mythes de l’extrême proximité primordiale Ciel-Terre, répandus surtout en Océanie et en Asie sud-orientale, expression d’une idéologie matriarcale et aussi au mythe de l’Axis Mundi- montagne, arbre, liane – reliant la terre au ciel.
Elle met alors en scène, dans un monde protégé par de hautes montagnes qui rejoignent le ciel, des hominidés cousins ou cousines de Lucy, évolué.e.s, prisant la douceur, la danse, les jeux, la baignade.
L’Arcadie est un lieu mythique.
C’est le règne de la paix et de l’harmonie.
Ses personnages appartiennent à une nouvelle espèce, l’Homo Felix, qui se caractérise par son extrême placidité, tranquillité, l’absence de rapports agressifs une grande pilosité qui pourrait parfois évoquer des fluid gender.
Mais il n’y a pas de systématisme, son seul impératif étant de montrer un monde positif et paisible ; ses personnages sont des archétypes de la béatitude et de la spontanéité dont jouissait l’humain premier.
Ses paysages parlent-ils d’un retour aux sources, d’un monde passé ou d’un monde futur ? ou de ces deux mondes si l’on considère que le temps est cyclique ?
L’Homo Sapiens que l’on sait si peu sage a t’il disparu ou viendra t’il ?
En quelques mots, son premier choc artistique…
Probablement à 6 ans, son premier choc artistique fut la promenade sur la lagune de Venise. Claire était fascinée par la magie des palais, de l’eau, l’énorme tableau du Tintoretto sur le Paradis avec sa multitude de personnages à décrypter et en contrepoint les cachots, les instruments de torture, le pont des Soupirs…
Il lui semble qu’à la même époque, elle était aussi émerveillée par des reproductions de « Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus jouant avec l’agneau », et ébahie devant « le Sabbat des sorcières » autour du grand bouc noir.
Le portrait chinois de Claire Brusadelli
Si vous étiez une oeuvre, vous seriez : À la recherche du temps perdu.
Si vous étiez une couleur, vous seriez : Les couleurs du ciel.
Si vous étiez un pays, vous seriez : L’Italie.
Si vous étiez une musique, vous seriez : Cosi fan tutte ou Le Chant de la Terre.
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« Mon travail fluctue au gré de mes ressentis. Très inscrit dans les angoisses de notre temps pendant des années, depuis 2019, il est devenu plus onirique avec le rêve d’un monde paisible. »