Adrienne ARTH
Bio
Le fil rouge d’Adrienne Arth…
Au-delà d’une « façon » qui serait mienne, et avant tout, ce qui m’intéresse, c’est une émotion, non pas seulement esthétique mais humaine. Que quelque chose ait lieu. Que quelque chose soit en cours.
Je travaille par séries, mais des séries à chaque fois différentes. J’aime me confronter à de nouveaux thèmes, à une nouvelle matière qui joue aussi sur la manière. Ce qui m’importe c’est de saisir quelque chose que je n’avais pas vu, ou pas encore vu de cette façon. Je suis attentive à ces façons.
Le monde est un terrain d’expériences, de visions, de jeu… Un miroir aussi car c’est depuis nous-mêmes que nous le regardons. De façon oblique. Je le vois selon moi et c’est depuis ce paysage intérieur que je prends une photo. Ce n’est pas le monde, c’est mon monde qui apparaît sur la photo. Une métaphore du monde.
Parfois, je le métaphorise davantage par surimpression de plusieurs photos. Je provoque des glissements, j’appelle d’autres perceptions, je fabrique une image ou je la dé-fabrique. Je la froisse, je la casse. Je l’interprète.
Roland Barthes dans « La chambre claire » disait « Ce n’est (…) pas par la peinture que la photographie touche à l’art, c’est par le théâtre ». Je viens du théâtre. C’est mon métier en tant que comédienne et metteur en scène. Le théâtre est une illusion réelle, un foisonnement de signes dans un cadre. Il se fait de l’intérieur vers l’extérieur, part d’une situation qu’il performe pour en faire surgir des émotions. Il est du temps suspendu dans un cadre. Il se joue et joue du réel, le transforme, le tord, le transfigure. Comme la photo.
La photographie est pour moi un médium artistique comme un autre, non pas assigné à refléter une réalité supposée objective, mais interrogeant, construisant, révélant ce que nous appelons réel à la fois dans ce qu’il est et autre.
Je me nomme photographe plasticienne par défaut d’un autre terme. En référence à une lignée différente de celle d’une photographie dont le dessein est de rendre compte d’une réalité plus immédiate. Mes techniques ne sont que photographiques et toutes expérimentées par les différentes époques et écoles de la photo. Je m’inscris dans leur héritage, le continue, l’inscrivant lui-même plus largement dans une histoire de la photographie et de l’image où se côtoient et se rencontrent images picturales, cinématographiques, photographiques référentielles, qui m’ont permis d’affiner mon regard, de penser la notion d’image et de représentation.
J’y ai choisi un mode, où les flous, les reflets, les ombres, les superpositions travaillent le sujet, le désorientent. Si j’ai une manière, c’est celle-là : Un déroutage du regard dans un travail qui montre autre chose que ce qu’il montre au prime abord. Une simplicité complexe. Une « représentation ».
En quelques mots, son premier choc artistique
Un de mes chocs artistiques : À Aix-en-Provence, de la maison de mes parents, on voyait la montagne Sainte Victoire. Du jardin, c’était une masse gris-bleue triangulaire posée contre le ciel. En venant de Nice, c’était le long corps gris-blanc d’une bête. En 1990, le Musée Granet exposait pour la première fois « Les montagnes Sainte Victoire » de Cézanne. En les voyant, je reconnus la masse, je reconnus la bête, elles étaient les mêmes et autres à la fois, vivantes, comme sorties d’un carcan, transfigurées. J’ai compris ce que Art voulait dire.
Le portrait chinois d’Adrienne Arth
Si vous étiez une oeuvre, vous seriez : Une oeuvre de Nicolas de Staël.
Si vous étiez une couleur, vous seriez : Le rouge.
Si vous étiez un pays, vous seriez : La France.
Si vous étiez une musique, vous seriez : le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky.
Suivre Adrienne Arth
« Le mélange de surprise et d’évidence que provoquent ces photographies sont signe d’un regard qui a trouvé sa forme. Le réel est à la fois saisi et déplacé (…) Adrienne Arth rend visible en même temps qu’elle construit une vision. »
Claude Ber, écrivain (2011)
