La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, à Paris, véritable trésor architectural unique en son genre, dresse sa silhouette colossale surmontée d’un dôme majestueux en plein cœur du plus grand hôpital français. Ce patrimoine caché, témoin silencieux de plusieurs siècles d’histoire, doit son plan peu usuel à Louis Le Vau et à son successeur Libéral Bruant. Quatre nefs d’égale longueur formant une croix grecque et quatre immenses chapelles ayant toutes vue sur le chœur, placent le maître-autel au centre sous le dôme de 35 m de haut. Aucun décor intérieur, les murs sont nus.

Par son dénuement et la majesté de ses volumes, cet écrin, dont une petite partie est toujours consacrée au culte, est un espace de respiration pour les personnels hospitaliers, les patients et les visiteurs. La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, lieu d’inspiration culturelle et trait d’union entre santé et culture, accueille régulièrement en ses murs une foisonnante programmation, expositions, concerts, représentations théâtrales et conférences.
En cette année 2025, marquée par la santé mentale érigée en cause nationale et par l’anniversaire de la naissance du médecin aliéniste Jean-Martin Charcot, « Vulnérables », riche exposition, réunit des œuvres dont le point commun est d’offrir un regard sensible sur la thématique des vulnérabilités. L’exposition prend en compte la mémoire du lieu et la place occupée par les groupes fragiles depuis quatre siècles, le drame des milliers de femmes « démentes » ou « débauchées », enfermées et mises à l’écart par la société de leur époque, la « libération des enchaînés » au XVIIIème siècle, et l’invention de l’hystérie au XIXème.
Créée in situ dans le chœur, l’œuvre à quatre mains « Insoumissions » de Camille Courier et Francine Saillant est une installation à même le sol de portraits réinterprétés de personnes ayant séjourné dans les hôpitaux psychiatriques du monde entier, du XIXème siècle aux années 1950. Les « Corps-mémoires » d’Olga Caldas rendent hommage aux victimes des crimes nazis. Les milieux de l’art brut sont des narrations multiples de la vulnérabilité créatrice, et plusieurs courants et expériences artistiques sont ici relatés, dont les travaux réalisés au Brésil dans les ateliers d’art-thérapie initiés par Nise da Silveira, pionnière dans le domaine de l’art thérapeutique. Sculptures, photos, dessins, et autres créations diversifiées côtoient des œuvres majeures d’artistes reconnus tels Jean Dubuffet, Johan Creten, André Robillard ou Michel Nedjar, ainsi que les installations de David Cohen, artiste, plasticien, psychiatre et commissaire de l’exposition.

François-Joseph Lapointe qui se définit comme « bioartiste », à la fois professeur de sciences biologiques à l’université de Montréal, danseur et performeur, conçoit des œuvres brouillant les frontières entre le domaine de l’art et le champ de la science. Dans la pièce présentée sous la forme d’un retable de la Renaissance, Monstra te esse Matrem, représentant l’iconographie des Madones allaitantes, l’artiste retrace sur le panneau central le modèle moléculaire de l’identité bactérienne transmise par la mère à son nourrisson lors de l’allaitement, et l’oppose sur les panneaux latéraux à la pauvreté bactérienne du lait maternisé. Une prière égrène une litanie de noms latins de bactéries sources de vie, quand dans un petit coin de la chapelle le mini-robot « catholique et social » San TO de Gabriele Trovato, combinaison d’IA et d’ingénierie, se transforme à la demande en compagnon de prière…
La revue Art Absolument, créatrice du catalogue, joue un rôle d’accueil majeur. A la croisée de la biologie, science de la vie et de la croyance religieuse, l’art guérit et réconforte.
Jusqu’au 21 septembre 2025
Chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière – Paris 13ème
En Une : François-Joseph Lapointe – MonstraTe esse Matrem – © Photo Chantal Vérin