L’exposition « Artistes au Muséum », proposée au Muséum d’Histoire Naturelle (MNHN) situé dans le Jardin des Plantes, s’articule avec la célébration des 400 ans de l’institution. Lorsqu’en 1626, Louis XIII signe l’édit portant création d’un Jardin royal des plantes médicinales, nul ne s’imagine que se joue l’un des actes fondateurs de l’histoire des sciences naturelles. Comprendre le vivant, éclairer la place de l’humain dans la nature et partager ces connaissances avec le plus grand nombre, telle est la mission ininterrompue depuis quatre siècles de cet établissement de renom, où sont réunies des collections naturalistes parmi les plus prestigieuses au monde.
Une saisissante scène ouvre l’exposition, une lionne naturalisée plantant ses crocs dans le cou d’un oryx. Ce travail de Jules Terrier et Louis Quantin, réalisé en 1895, est placé entre une peinture exotique du Douanier Rousseau « Le lion ayant faim se jette sur l’antilope » (1905) et une aquarelle de Nicolas Huet montrant un lion croquant un oryx. Cette représentation animale d’apparence cruelle questionne le rôle de l’artiste dans l’histoire des sciences naturelles. Un taxidermiste, souvent formé au dessin et à la sculpture, et qui cherche à restituer le mouvement animal avec réalisme, s’inscrit dans une démarche artistique, sans quoi « on ne peut faire de sciences naturalistes », relève Alice Lemaire, commissaire générale de l’exposition. Juste retour des choses, le MNHN met à l’honneur plus de 120 créateurs à travers quelque 300 œuvres issues de ses collections ou prêtées par d’illustres musées.
Le visiteur découvre ainsi les témoignages de dessinateurs, peintres, sculpteurs et photographes, qui éclairent les différentes manières d’être artiste au Museum, depuis ses origines. Édouard Mérite, embarqué dans une expédition lointaine, dépeint en 1905 une glaçante chasse au morse. Antoine-Louis Barye observe en compagnie de Delacroix les félins de la Ménagerie, et éventuellement les carcasses d’animaux morts. Gustave Moreau représente la nymphe grecque Galatée dans un décor de grotte peuplée d’organismes marins. Pierre-Joseph Redouté enseigne le dessin botanique à ses célèbres élèves, Matisse et Marie Laurencin. Michel-Eugène Chevreul, chimiste, immortalise une loi sur la science des couleurs. Associé à un entomologiste, le décorateur Émile-Alain Séguy crée des compositions hypnotiques. Moins connues, les sœurs Vesque signent des planches botaniques aussi précises que décoratives. Les représentations anthropologiques interrogent la diversité humaine. Devenues un temps « science des races », elles portent la marque des pratiques culturelles du XIXème siècle.
La suite de l’exposition invite à contempler une collection unique au monde, celle des vélins, parchemins très fins obtenus à partir de peau de veau. Forte de quelque 7000 pièces, la richesse de cette fabuleuse « encyclopédie de la nature » est dévoilée grâce à la présentation d’originaux qui, pour des raisons de préservation, feront l’objet d’une rotation au fil du temps. Les motifs sont d’une infinie délicatesse et les couleurs issues de peintures à l’eau particulièrement éclatantes.
Les multiples procédés apparus dès le XIXème siècle, microscopie, daguerréotypes, photographie, imagerie scientifique et actuelles technologies numériques, concurrencent la précision des dessins naturalistes, ce qui n’exclut pas une marge d’interprétation laissant place à l’imaginaire.
Fidèle à une tradition ancienne, et dans le cadre de la démarche Art-Science, le Muséum invite des artistes contemporains à illustrer la rencontre entre création et connaissance, de Sarah Moon à Ernest Pignon-Ernest, comme des créateurs engagés dans la préservation de la biodiversité.
Jusqu’au 7 mars 2027
Museum d’Histoire Naturelle – Paris 5ème
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