« L’art du mécénat participatif »
Dans le hall d’accueil du musée des Beaux-Arts d’Orléans, un buste du comte Gaspard-Parfait de Bizemont-Prunelé, du sculpteur François-Louis Gounod, offert par les Amis des Musées, rappelle le rôle du fondateur du musée. Nommé dès 1824 directeur du musée en devenir, il fait appel à la générosité des amateurs locaux à donner leurs collections, sans imaginer que son initiative visionnaire allait faire naître l’un des plus grands musées français. Il ouvre ses portes en 1825 dans l’Hôtel des Créneaux, avec des terres cuites de Pigalle, les tableaux du Château de Richelieu, le Saint-Thomas de Velasquez, et quelques saisies révolutionnaires locales réunies par l’amateur d’art Thomas Desfriches.

Selon Olivia Voisin, l’actuelle directrice très impliquée dans sa fonction, qui œuvre depuis une dizaine d’années à la mise en valeur de l’immense collection du musée, le comte de Bizemont « invente avec cet appel au don tout ce qui fera deux siècles plus tard l’art du mécénat participatif. Chaque semaine, il publie dans le Journal du Loiret la liste des œuvres reçues, créant une émulation inédite, fédérant des centaines de donateurs qui, suivant comme un feuilleton la constitution de la collection veulent y prendre part, propriétaires terriens, commerçants, métayers, héritiers de grandes collections ou modestes amateurs cédant quelques gravures et dessins qui font naître dès l’ouverture un cabinet des arts graphiques ».

Cette naissance d’un musée voulu par ses habitants prolonge l’effervescence artistique qui anime Orléans depuis plus d’un siècle. L’enrichissement des collections ne cesse jamais ! En vingt ans, trois mille dons rejoignent les collections : peintures du Nord, maîtres du XVIIIème siècle, École française avec Watteau, Maurice Quentin de la Tour, Hubert Robert et ses célèbres ruines, Jean Siméon Chardin avec un pastel Autoportrait aux bésicles, Delacroix avec une Tête de vieille femme, étude qui préfigure la composition des Scènes de massacres de Scio et inspire la Tête de femme et d’enfant de Léon Cogniet que l’on retrouve dans Le massacre des Innocents. Un plâtre Jeanne d’Arc pleurant à la vue d’un Anglais blessé par Marie d’Orléans rappelle la place de l’héroïne dans le récit de la France. En 1892, l’important legs Cogniet contribue largement à faire du musée un lieu de mémoire romantique, son talent de portraitiste lui valant d’être l’un des peintres favoris de Louis-Philippe et de l’aristocratie. Son œuvre est largement représentée.

La deuxième guerre mondiale et son cortège d’incendies et de spoliations ruinent le musée. De nombreuses œuvres sont perdues, certaines sont toujours recherchées et signalées dans le musée par des reproductions qui rappellent que les collections d’un musée sont inaliénables. Une esquisse de la Mort de Roland, acquise sur le marché germanique en 1980, a ainsi été restituée par un couple d’Allemands. Après-guerre, les crédits de réparation des dommages subis permettent l’acquisition de chefs-d’œuvre, dont La fête Gloanec de Paul Gauguin. L’entrée des fonds Gaudier-Brzeska et Max Jacob orientent le musée vers l’art moderne. Aujourd’hui la collection poursuit son développement avec Tamara de Lempicka, Gérard Fromanger, Jacques Monory, Simon Hantaï, Zao Wou Ki, Pierre-Louis Tal Coat avec un portrait de Gertrude Stein… L’accrochage actuel, avec une sélection de 1300 œuvres, raconte « tant l’histoire du goût à Orléans que l’épopée humaine qui a réuni au cours du temps donateurs, amateurs, conservateurs et édiles ». La médiation culturelle affiche sa finalité éducative. Les cartels avec description de l’œuvre et sa place dans l’histoire de l’art sont bienvenus. Le musée d’Orléans, l’un des plus grands musées français, est un lieu vivant, ouvert à tous. Un guide exhaustif des collections sous la direction d’Olivia Voisin est proposé.
MBAO, Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Place Sainte-Croix Orléans (45)
En Une : Velasquez – ©Musées d’Orléans