Ce qui frappe dans l’exposition de la très grande galerie Egregore, sise en Nouvelle-Aquitaine près de Marmande, outre sa fraîcheur, son authenticité et ses qualités propres, c’est qu’elle semble totalement préservée des outrances fabriquées de l’hyper modernité. Pas un gadget, pas une expérimentation futile, pas un artifice factice. Étonnant modèle de créativité sauvegardée, et d’une grande pureté. Beauté préservée et tensions d’art plus que respectables. Tous les registres de la création artistique sont ici présents, dans une extrême ouverture esthétique, du corps au paysage, de l’infime à l’universel, et du ténu au sublime. Ici chaque artiste (ils sont 6 à exposer) invente sa propre langue et ses propres effets d’art : Berg, Maurice Douard, Isabelle Floch, Christian Kervoalen, Michel Kirch et Jephan de Villiers. Chacun(e) disposant d’un vaste espace…

Envoûtée, la peinture de Berg absorbe contours et limites. Elle embrasse le monde, et l’enchante, œuvrant à cœur dans l’effacement des plaies mondaines, ne laissant que la trame enfouie de ses peintures immaculées. Monde flottant des voiles, des silences et des rêves. Dans ces couleurs noyées, vécues et bues de l’intérieur, tout semble sourdre d’immobiles profondeurs.

C’est la genèse enchantée d’un monde crépusculaire que peint Berg, dans l’étrange univers à merveilles de l’éternelle inguérissable enfance. Ainsi le chant du monde se fait lancinant. Dans ces territoires hantés, une lumière aiguë serait blessure. Ses magiques paysages à profond mystère sont de purs talismans d’étendue, reconstruits selon les lois secrètes de l’espace intérieur, et ces lieux d’intimité sont stupéfiés d’exister si intensément. Les éléments s’unissent en brumes profondes qui dématérialisent le monde, œuvrant ainsi un espace symbolique flottant infiniment ouvert. Tout s’enfonce et tout renaît, exaltant la tension des demi-teintes qui s’étagent jusqu’aux lumières délivrées, quand la matière et les éléments se déploient sans limite.

Elle s’invente aussi des visages familiers et lointains, des êtres d’enfance absolue qu’un destin de pure humanité habite. Masqués d’étrangeté, ces visages doux et implacables imposent leur insidieuse et presqu’inquiétante proximité. Et les paysages de Berg sont leurs miroirs d’infinitude.
Jusqu’au 10 octobre 2026
Galerie Egregore – Casteljaloux (47)
En Une : Les oubliés – 2023 – Huile sur toile – 120×120 cm