Traverser le parc de la Tête d’Or, au détour d’une allée découvrir l’Orangerie, ce bâtiment posé à proximité des grandes serres, participe à l’histoire architecturale de Lyon et du parc. Et puis franchir sa porte et sentir que le temps s’arrête ! On entre les yeux écarquillés comme ceux d’un enfant qui découvre un cabinet de curiosités magique ou le grenier secret d’un conte de fées. A travers les immenses verrières, la lumière éblouit les silhouettes d’étoffe immobiles qui semblent prêtes à s’éveiller et à danser dès que nous tournerons le dos. Pas de doute : on a basculé de l’autre côté du miroir, bienvenue au cœur du fabuleux « Vestiaire des destinées » !

Dans le monde policé des adultes, les vêtements « font le moine », ils nous rangent dans des cases ou nous imposent des règles bien trop sérieuses. Mais ici, le costume oublie joyeusement toute fonction sociale ! Il s’échappe des armoires ennuyeuses pour devenir une libération absolue de l’imaginaire. Des habits de lumière pour libérer les rêves. Devant ces créations spectaculaires, on retient son souffle. Le tissu ne cherche plus seulement à recouvrir un corps : il devient une aile prêtée pour s’envoler, un manteau de magicien, une armure de lumière faite pour laisser parler l’âme. On se prend à rêver : qui deviendrions-nous si nous enfilions ces habits fantastiques ? Chaque pli, chaque relief nous invite à réinventer notre propre histoire.

Mais comment ces merveilles ont-elles vu le jour ? En s’approchant, on comprend le mystère : les 36 artistes sont de véritables « archéologues de l’étoffe ». Tels des chercheurs de trésors oubliés, ils fouillent la matière, écoutent le murmure des tissus gorgés de souvenirs, de secrets et de mémoires anciennes pour leur redonner une seconde vie brillante. Chaque œuvre, d’Evelyne Postic, Mina LobaManen, Olivia Ferrand, Paulina Fuentes Valenzuela, ou Sabine Feliciano, Tina Marais, et encore Hélène Jospé, Jean-Marc Rimbotest, Xavier Brisoux…, constitue une aventure plastique individuelle ou collective passionnante. L’artiste ne fabrique pas un simple vêtement : il offre une enveloppe corporelle à sa vérité intérieure et à son vécu le plus spirituel. Ce que l’on contemple, ce n’est pas seulement du fil ou de la toile, mais une émotion pure incarnée dans la matière, un voyage intime qui vient nous toucher en plein cœur.

Quand la matière s’anime, c’est là que réside la vraie magie de l’exposition. Sous nos yeux émerveillés se produit une rencontre miraculeuse : celle d’un savoir-faire parfait, d’une pensée vibrante d’inspiration et d’une matière autrefois inerte qui s’éveille enfin. Les broderies infiniment précises, les plissés audacieux et les assemblages poétiques racontent ce dialogue sacré entre la main de l’artisan et le rêve de l’artiste. De cette union parfaite jaillit une beauté intemporelle, éclatante, baignée d’une gaîté chaleureuse qu’on a immédiatement envie de partager.

Et puis, dans une des pièces de la galerie, il ne faut pas manquer les images des artistes Nathalie Faton et Jean-Paul Fermet. Eux aussi à leur manière, avec leurs photographies colorées et teintées d’un humour grinçant, nous entraînent dans nos souvenirs, nos interrogations, nos doutes.
Devant tant d’émerveillement, on ne peut que ressentir une immense gratitude. Il faut saluer le travail exceptionnel, la vision poétique et la passion sans faille de Françoise Souchaud et de toute son équipe. Une fois de plus, elles et ils ont réussi le pari fou de faire de Mirabilia Lyon un événement absolument unique, original, inédit, féérique et profondément humain. Et pour clôturer l’événement, les silhouettes vont s’animer en musique, dans une époustouflante déambulation, le samedi 26 septembre.

En nous ouvrant grand les portes de ce « Vestiaire des Destinées », ils nous offrent bien plus qu’une exposition : une parenthèse enchantée, un refuge pour nos rêves et une petite étincelle de magie qui continuera de briller dans nos yeux très longtemps après notre visite.
Jusqu’au 26 septembre 2026
Orangerie du Parc de la tête d’or – Lyon 6ème