« Tendrement »
Mathieu Cherkit ne quitte jamais son environnement familier. Il peint chaque recoin de sa maison-atelier, maison de famille de banlieue et ses abords immédiats, son terroir, son intimité, son territoire d’art. Il peint sa vie dans sa vie et ce qu’il voit au quotidien. Son art et son univers fusionnent.

Face aux objets du quotidien qu’il représente, parfois charmants, parfois triviaux, une délicate rose-trémière, la gazinière, les toilettes, une impression de déjà-vu vous saisit, jusqu’à ce que l’anecdotique bascule dans une dimension d’une complexité qui se déchiffre pas à pas. Mathieu Cherkit déjoue le réel qu’il met à distance. Entre réalisme et illusion, sa peinture s’empare du quotidien pour lui donner une autre vie. La demeure est le contexte, support de projections mentales, image de son monde intérieur, et les objets sont des éléments de composition. L’environnement immédiat est alors le prétexte pour se concentrer sur la seule recherche picturale.
Les œuvres de Mathieu Cherkit, né à Paris en 1982, exposées en France et à l’étranger, figurent dans de nombreuses collections. Il a étudié auprès de Neo Rauch à la Hochschule für Grafik und Buchkunst de Leipzig, une École d’art prestigieuse à la renommée historique.

Pour sa première exposition à la galerie parisienne Sémiose, il présente quinze toiles qui ont toutes pris naissance dans sa maison-atelier. Le titre de l’exposition se réfère au diptyque Tendrement, une huile de grande dimension. Sur le panneau de gauche, l’artiste est debout devant le chevalet en train de peindre à la lumière du jour, à proximité d’une fenêtre ouvrant sur l’extérieur. Sur le pan droit, dans l’encadrement d’une autre fenêtre, le reflet d’une silhouette observant la pénombre. Des chaises, des tables, des objets disparates, un tableau accroché au mur. Une paire de jambes allongées suggère un moment de détente. Ce diptyque rassemble des éléments caractéristiques de la méthode de création de l’artiste, dont l’important rôle de la lumière. Mathieu Cherkit retranscrit différents moments de la journée au sein d’une même composition, en différentes temporalités. La lumière change, le temps avance, expérience visuelle sans cesse renouvelée.

L’environnement regorge de thèmes d’exploration. Parfois l’artiste travaille face au sujet, parfois il préfère un aller-retour entre mémoire, esquisses et observations sur place. Il ne prend pas de photo, cependant il intègre des points de vue proches des mouvements de caméra, avec vues plongeantes, cadrages resserrés, et hors-champs suggérés avec les motifs qui débordent les arêtes du châssis. Dénuée de toute narration, la peinture est d’abord fidèle à la perception et aux impressions éprouvées. Les règles de la perspective traditionnelle sont bousculées au profit d’une démultiplication des points de vue. Matière noire, par exemple, montre une scène du quotidien : la gazinière sur laquelle repose une casserole est vue en même temps du dessus et de trois-quarts. Les éléments, brûleurs, boutons, combinent plusieurs angles de vue et plusieurs hauteurs de regard, ceux d’un adulte ou d’un enfant.

Chaque peinture travaille le regard qui bascule en permanence du tout au détail, et inversement. Chaque accessoire a une existence propre et une corrélation avec un autre élément. Couleurs et perspectives sont volontiers chahutées, et l’humour pointe çà et là. La présence humaine est rare, à l’exception de rares apparitions de l’artiste au travail, mais tout suggère son récent passage.
Peinture « en vase clos », généreuse, vivante et prospective, libre et affranchie de toute limite ou contrainte.
Jusqu’au 31 octobre 2026
Galerie Sémiose – Paris 4ème
En Une : Mathieu Cherkit – Portrait – Photo Esmire&Erwan – Courtesy Semiose Paris